Erotic Returns

Yeasayer

Yeasayer Records - 2019
par Quentin , le 15 juin 2019
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Trouver de la continuité dans la discographie de Yeasayer n'est pas chose aisée. On ne parle pourtant pas d'une discographie longue comme le bras puisqu'on aurait suffisamment de doigts sur une seule main pour arriver à ce cinquième et dernier opus. Cela n'empêche que Chris Keating, Anand Widler et Ira Wolf Tuton ont abordé chacun de leurs albums comme une création indépendante de ce qui l'avait précédée. Une volonté compulsive d'expérimentation qui dure déjà depuis plus de 10 ans (parce que oui All Hour Cymbals, c'était en 2007 en fait) et qui aura parfois divisé mais qui aura toujours eu l'avantage d'être audacieuse. 

Pour le coup, Erotic Returns, est peut-être le plus gros virage proposé par le groupe. A des kilomètres de l'atmosphérique et très moyen Amen & Goodbye paru en 2016, on découvre cette fois un album résolument pop. 9 titres qui tiennent en l'espace de 30 minutes et qui font l'impasse sur un côté énigmatique qui semblait pourtant si cher au groupe. Énigmatique ne veut pas forcément dire complexe, soyons clairs mais l'énigme a au moins l'avantage de titiller le cerveau humain. C'était faussement complexe, c'était un peu mystérieux. Evidemment que ça allait attirer les fans égarés d'Animal Collective. Alors lorsque lassés d'être mystérieux, Yeasayer a décidé de faire de la pop, peut-être ont-ils cru qu'ils découvraient les Amériques. Faire de la pop oui, pas de doutes là-dessus. Mais faire de la bonne pop est une autre question. Et c'est bien là le problème, il ne faudrait pas croire que parce qu'elle est accessible, la pop est forcément facile. 

Sur le plan purement sonore, Erotic Returns, est sans doute ce que le groupe a fait de plus accessible depuis 2009 et Odd Blood. Moins d'expérimentations, moins de paysages sonores denses et hyper remplis, le groupe vise l'efficacité et les mélodies accrocheuses. Ce qui fonctionne parfois comme le prouvent "People I Loved", "Ohm Death" ou "Let Me Listen In On You", un morceau qu'on croirait écrit en hommage au Bee-Gees. Mais qui laisse majoritairement à désirer sur les autres titres. Il y a 10 ans, on vous disait d'Odd Blood qu' "il n'impressionne pas, ne déstabilise que très peu, ne fait pas voyager bien loin." Une critique qu'on aimerait désuète mais qui est malheureusement toujours d'actualité. 

Ce qui nous dérange surtout, c'est que Yeasayer semble en pleine crise d'identité. Ils ont toujours désiré partager leur expérience psychédélique et il faut être honnête, on a vraiment mordu à l'hameçon en 2007. Le problème, c'est qu'ils ont continué à composer précisément de la même façon et que ce qui paraissait novateur à l'époque sonne complètement dépassé maintenant. Alors qu'ils se savent meilleurs dans l'expérimentation, on considérera cette tentative de pop accrocheuse comme un coup dans l'eau. La force de la pop est de vous laisser une mélodie en tête après une simple écoute et pour le coup, on serait bien en peine de vous siffloter un seul titre de Erotic Returns. Aucun des titres ne semblent à l'aise avec le genre dans lequel il est censé être, "Ecstatic Baby" en est d'ailleurs le meilleur exemple. Imitation complètement ratée de Prince, ce titre est une gaffe absolue. En tout point trop court pour prouver que le groupe avait quelque chose à défendre et complètement décalé avec le reste de l'album.