Forme Olympique
Tedax Max
Demandez à Kyllian Mbappé, à De La Soul où à Michael Jordan : Les meilleures choses de ce monde viennent par trois, c'est une évidence. Ainsi, quand on est un rappeur français du gouffre, en terme de notoriété, et qu'on a du feu à cracher, il est de coutume de se présenter à l'aide de trois courts projets. Ainsi naissent les Alph Lauren, les La Vie Augmente, et donc, ces trois projets dont il sera question dans cette chronique : Forme Olympique, Forme Olympique : Middle Season et Forme Olympique : Final Season du nouveau canonnier rhodanien de ce rap jeu, Tedax Max.
"De Rue Paul Bert à Place Voltaire, tu connais l'corner". Difficile de se tromper sur le quartier de Tedax Max puisqu'il en a carrément fait un gimmcik à part entière ! Rappeur très méconnu jusqu'à ce qu'il enchaîne quelques sorties remarqués fin 2020, notamment l'excellent "Drillotière", le Lyonnais a su vite embrayer et proposer le premier Forme Olympique dès janvier 2021. En plus d'être un joli petit clin d'oeil au club de sa ville, Forme Olympique décrivait surtout l'état d'esprit dans lequel se voulait le MC. Ajoutez à cela de l'humilité et de la faim, comme le nom de son label le suppose. Les egotrips fusent certes, et vu son niveau de rap, il serait bête de s'en priver, mais Tedax n'est pas du genre à porter du chinchilla et à beugler des insanités mondaines pour faire l'intéressant comme certains de ses pairs. Au contraire, l'homme fait ses affaires dans le fond, de l'autre côté du pont de la Guillotière, à l'abri des oripeaux de la presqu'île. Son rap retranscrit plutôt bien cette ambiance et les instrus de Kon Queso ou de Butter Bullets sur lequel le MC étale sa science font plus penser à ceux de Mobb Deep ou de Griselda qu'à ceux plus extravertis et chauds de Jay-Z ou des Diplomats.
Pas trop du genre à faire la fête, mais plutôt à célébrer ce bitume qui colle à ses ACG ou à ses Requins, Tedax Max n'omet néanmoins pas de mettre du style dans son rap, à grand coups de phases longues, référençant la culture par laquelle il est piqué. Et quand il se prend pour The Game, il namedrop une kyrielle de rappeurs, de The Jacka à Cory Gunz en passant par Big L ou Joe Lucazz et son acolyte Cross. Quand on sent une sorte d'envie de plaire chez des rappeurs qui s'en vont nommer des références assez faciles à capter pour le commun des mortels s'intéressant un peu au rap, OG Max va pousser la ref un peu plus loin, sans doute dans l'espoir de chercher le clin d'oeil des personnes aussi pointus que lui. Plutôt que de comparer son tandem avec un autre talent à suivre du 69, Laws Babyface, à l'évident Jordan-Pippen par exemple, eux optent pour l'autre côté de la pièce avec les terribles Bad Boys des Pistons que furent Isiah Thomas et Bill Laimbeer. Plutôt que de chercher à se personnifier par Stringer Bell ou à Avon Barksdale, comme 99% des rappeurs français ayant vu The Wire, lui sort la tirade de Bodie de derrière les fagots pour illustrer son attachement toxique au quartier et son envie de s'en affranchir.
En trois projets, et plus particulièrement les deux derniers, Tedax Max a montré qu'il faisait d'ores et déjà partie de la crème de la crème en termes de rimeurs francophones. Si la tentation de le comparer aux poids lourds de ce jeu, les Alpha Wann ou les Freeze Corleone, il serait toutefois plus juste de l'apposer aux Gizo Evoracci, aux Isha ou aux Raph Gpw pour leurs côtés OG's/Rookies, cherchant à réinventer les règles pour les MC's d'un âge avancé. Le but final est de devenir aussi riches que leurs rimes, et même si on a l'impression qu'il est désormais possible d'exister médiatiquement en étant "simplement" un rimeur d'exception, on imagine le chemin sinueux et labyrinthique pour ces derniers. L'essentiel néanmoins, est de conserver cette qualité dans le rap et pour cela, on n'a pas trop besoin de s'en faire avec OG Max.