The Shadows of Their Suns

Wax Tailor

Laboratoire 21 - 2021
par camille , le 20 janvier 2021
7
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Quinze ans après son premier album, Wax Tailor continue de faire vibrer les cordes du militantisme dans un style musical de plus en plus affiné. On ne reste pas neutre face à la cover de l’album, poing sale levé contre un lot d’injustices trop nombreuses que pour être citées. Et pour protester à l’unisson, il s’entoure de Mark Lanegan, Del The Funky Homosapien, ou encore D Smoke, la voix de Gil Scott-Heron et Yugen Blakrok.

Se lancer dans l’écoute d’un nouveau Wax Tailor, ça nous plonge toujours dans un mélange de curiosité, de surprise et de nostalgie. Elle est loin, l’époque de « Que Sera », où l’on avait cette impression d’être un.e pré-ado unique en son genre parce qu’on venait de mettre les doigts sur le genre trip-hop/hip-hop expérimental en partageant des substances avec les potes anti-système. 

Ce nouvel album qui tombe tous les trois, quatre ans, on ne l’attend jamais vraiment, mais il vient à nous d’une manière ou d’une autre. Perplexes, on se lance dans l’écoute et la déception est rare. Devenu maître du sample, Jean-Christophe Le Saoût choisit ses collaborations avec justesse et excelle dans l’art de marier leurs atouts et sa musique. 

Le morceau-phare de cet album est « Misery » avec le grain de voix mélancolique, reconnaissable reconnaissable entre toutes, de Rosemary Standley (chanteuse de Moriarty). Dans le clip à l’allure orwellienne, le discours du feu démocrate Mario Cuomo résonne dans une dystopie aux rues sales, écrasées par un ciel pollué. Bien qu’il l’ait prononcé en 1984 (ça vous dit quelque chose ?), il vient à nos oreilles comme un triste ode à 2020…

45 minutes qui font valser nos méninges avec des réflexions de choix, peut-être un peu lassantes sur la longueur, mais toujours surprenantes dans la forme. Dans un album aux sonorités plus tournées vers le hip-hop, on retiendra notamment la collaboration avec Boog Brown, rappeuse icône d’Atlanta, sur « Shining Underdog » dont la voix semble cristalliser la position de nombreuses personnes socialement désavantagées, luttant pour leurs droits face à un pouvoir toujours plus inébranlable – « underdog » signifiant outsider; un participant à une compétition qui a perdu d’avance… 

Mais Wax Tailor est loin de nous envoyer un message de résilience et de désespoir. On retrouve D Smoke, le rappeur Californien décrit comme l’étoile montante du rap US, sur « Keep it movin’ » pour clôturer la face A du deuxième disque dans un message plus orienté vers des vibes positives : « When gravity tries to keep me on the ground, I touch clouds ». L’espace d’un instant, il fait également flotter la voix Gil Scott-Heron (poète et musicien américain engagé dans la cause noire ) dans le vide, récitant son poème « Paint It Black ». Un espèce de souffle parfait en intro de « Dusk to Dusk » avec Yugen Blakrok et son verbe acéré qui vient clôturer la dernière collaboration de l’album. 

En ce début d’année 2021 où l’on peine encore à digérer l’année qui s’est écoulée, Wax Tailor nous offre donc album riche en références, totalement en phase avec son époque et les nombreux combats de notre siècle qui ont trouvé des porte-voix dans les artistes ayant participé à cet album. Clôturé par le titre « The Light », on espère qu’il s’agit ici d’une référence à la lumière comme lueur d’espoir pour notre futur pandémique.