Why Hasn't Everything Already Disappeared ?
Deerunter
En presque 15 ans de carrière, Deerhunter a bâti une discographie dans l'ensemble impeccable et composée d’opus possédant chacun leur propre couleur et une saveur distincte, oscillant entre art-rock (Cryptograms, 2007), dream-pop psyché (Halcyon Digest, 2010) et aspérités garage (Monomania, 2013) traçant un sillon éclectique dont il est délicat de faire émerger un seul chef-d'oeuvre. Le dernier album en date, Fading Frontiers voyait le combo d’Atlanta se déporter sur un son plus lumineux, et cette nouvelle livraison va plus loin encore dans la démarche.
Soyons clair, Why Hasn't Everything Already Disappeared ? n'est pas la meilleure galette de Deerhunter. Enregistré dans un Texas rural d’ailleurs mis en avant dans le clip du titre "Death in Midsummer", le disque est atmosphérique et lorgne volontiers vers les grands espaces, se détournant des efforts psyché des précédents opus de la bande pour aller arpenter des terres plus lo-fi déjà largement défrichées par Pavement. Est-ce à dire que Bradford Cox, à la fois la tête et le coeur de la formation, va mieux ? Peut-être, et en ce cas l’on pourrait comparer l'évolution actuelle du groupe à celle de Wilco quand Jeff Tweedy a commencé à vider son cerveau des idées noires qui le tourmentait. Quoi qu'il en soit l’album est plus solaire que jamais tout au long de ses 37 minutes où se mêlent sons et instrumentations très travaillés.
Soigneusement construit et écrit avec élégance, Why Hasn't Everything.. présente moins de saillies qu'auparavant et déroule une forme de nonchalance heureusement jamais surjouée, mettant en avant des structures plus limpides et des harmoniques qui rappellent parfois Spiritualized, le grain de folie en moins. Quelques pistes catchy comme "Plains" ou "What Happens to People ?" font le break, heureusement la noirceur caractéristique de Deerhunter affleure toujours par endroit, on citera en particulier "No One’s Sleeping", merveille de songwriting dont le propos porte sur le meurtre de la députée Jo Cox quelques jours avant le Brexit.
L’envie d’unicité se fait sentir à l’écoute de l’album et qu’il sera difficile d’en extraire tel ou tel morceau pour le balancer dans la playlist Spotify « hit indie 2019 » de votre petite soeur, Why Hasn't Everything.. fait néanmoins preuve de moins de cohérence d’un point de vue esthétique que Fading Frontiers. Est-ce du au fait que le groupe est allé cherché la production d’autres artistes (Cate Le Bon pour la crédibilité indie, Ben H Allen qui a travaillé avec Gnarls Barkley pour l'efficacité), en tout cas le disque prend parfois des virages imprévisibles : on entend harpes, synthétiseurs ou encore choeurs composant des arrangements parfois dispensables. Le tout forme un ensemble légèrement vaniteux par moment, parfois étrange, mais globalement toujours très beau.