Concert

Ardentes 2010

Liège , le 8 juillet 2010
par Jeff , le 15 juillet 2010

Du côté de Liège et de ses Ardentes, c'est certain, on ne fait pas les choses à moitié. Cela fait maintenant cinq ans que le festival existe, et si les organisateurs parlent dans leur dossier de presse d'une croissance contrôlée, il est évident que depuis sa première année, le festival voit grand et affiche des ambitions claires que l'on pourrait résumer comme suit: devenir une sorte de Pukkelpop wallon, toutes proportions gardées. Et s'il est vrai qu'on reste admiratif chaque année devant l'affiche du festival flamand, son évolution vers des cimes de moins en moins alternatives a de quoi décevoir (la preuve avec l'affiche 2010) et doit dès lors servir de mauvais exemple pour les Ardentes.

Visiblement, le message avait été bien reçu du côté de Liège, puisque cette année, l'affiche concoctée était tout simplement somptueuse pour les amateurs de bonne(s) musique(s), avec juste ce qu'il fallait de noms fédérateurs susceptibles d'attirer une foule davantage moins regardante sur le contenu. A ce sujet, on se félicite de certains choix opérés par le festival qui, on l'avait notamment vu l'année dernière, ressemblait un peu trop à « the place to be » pour des gens considérant le site comme un endroit où siffler des bières avec une musique de fond: hormis peut-être une Camélia Jordana qui n'a finalement pas trop démérité, la cuvée 2010 des Ardentes mettait en évidence des artistes un peu moins vendeurs (tout étant bien sûr relatif) comme P.i.L., Pavement ou Julian Cabalancas. Et c'est bien mieux ainsi.

 


On vous le disait quelques lignes plus haut, à Liège, on ne fait pas les choses à moitié, et cela vaut aussi pour le temps. Alors qu'il y a deux ans, c'était des trombes d'au qui s'étaient abattues le premier soir sur le site (ceux qui ont assisté au concert de Trentemoller s'en souviennent), rendant celui-ci tout bonnement impraticable pour le reste du festival, cette année, c'est la chaleur qui a joué des tours aux festivaliers et aux organisateurs. Entre le cagnard de la grande scène et les bulles d'air vicié qu'étaient les deux salles intérieures (avec une mention spéciale pour l'irrespirable Aquarium), il fallait vraiment être courageux pour s'intéresser à autre chose que les groupes pour lesquels on avait vraiment fait le déplacement. Mais au final, cette température dépassant allégrement les 30° s'est aussi révélé être un allié du festivalier dérangé par la foule: malgré d'excellentes ventes et un quasi sold out, la vague de chaleur a permis un certain écrémage des troupes, beaucoup de gens opérant des coupes claires dans leur programme - quand certains ne préféraient pas rester dans leurs pénates, à l'ombre du ventilateur.

Bref, prises dans sa globalité, Les Ardentes 2010 furent une réussite – une de plus pour les équipes du duo Fabrice Lamproye / Gaëtan Servais. Hormis une communication parfois défaillante (un maigre stand info, pas de panneaux électroniques d'affichage permettant d'être tenu au courant des annulations/modifications d'horaire), l'énorme coupure de courant du samedi soir (deux heures quand même!) et la multiplication assez désagréable de stands promotionnels avec leurs DJ's maisons (à mort Joe Piler et son foutu saloon!) qui ont trouvé là un moyen détourné d'en être et dont le seul but est de vous gâcher le peu de temps de répit qu'il vous reste entre deux concerts avec des sets convenus et putassiers, pas grand chose à signaler. Même l'utilisation, exceptionnelle pour ce genre d'évènements, de gobelets réutilisables et consignés s'est passée sans encombre et devrait donner des idées à d'autres.



Mais on en oublierait presque l'essentiel, la musique. Avec trois valeureux représentants, notre équipe a été en mesure d'assister à une belle brochette de prestations en tous genres. On le sait, les festivals sont souvent propices à des concerts de qualités diverses, quand les chevauchements des horaires vous permettent d'y assister dans leur entièreté. Et puis les festivals, ce sont aussi (et surtout) beaucoup de concerts moyens et/ou anodins sur lesquels nous n'allons pas nous appesantir. Evidemment, il y a bien les trucs qu'on a vu et qu'on aurait peut-être pas dû aller voir (Crystal Castles, Sound of Stereo), ceux qu'on a pas vu et qu'on regrette un peu (Mattias Aguayo, Ian Brown, Broken Social Scene), ceux qu'on n'a bien fait de ne pas aller voir (Missy Elliott), ceux qu'on a vu mais qu'on a pas vraiment entendu (inaudible Pharell Williams avec N.E.R.D.) et les trucs qu'on a été voir par hasard et qui nous ont bien fait rire (Saez, le vrai champion du monde du dimanche soir). Mais au milieu de tout cela, il reste après moult délibérations une dizaine de concerts mémorables, que nous aurons goûté du début à la fin, et qui auront marqué les Ardentes de notre rédaction, et ce pour des raisons diverses que l'on vous propose de découvrir tout de suite!


http://www.lesardentes.be

 

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Here We Go Magic / Jeudi / HF6 / 16.30 – 17.10

Luke Temple, on l'aime. On l'adore même. Il suffit de lire notre chronique du magnifique Hold A Match For A Gasoline World pour s'en rendre compte. Ce mec est l'un des secrets les mieux gardés de la galaxie folk américaine et pour le coup, Ben Gibbard de Death Cab For Cutie ne se trompe pas des masses en affirmant, « That guy's great, an amazing songwriter. His voice alone is so damn good -- one of the prettiest voices in all of indie rock, hands down. » Pourtant, en solo, le songwriter du Massachussetts n'a jamais vraiment percé. En sera-t-il autrement avec son projet rock Here We Go Magic, deuxième groupe à se produire dans l'énorme HF6 en ce premier jour de festival? Après quarante minutes d'un concert un peu trop bruyant, la réponse est oui, oui et oui! Car si les festivals doivent avoir un rôle, c'est aussi celui-là: celui de la piqure de rappel, de l'occasion rêvée d'enfin écouter ce groupe qui agite la blogosphère depuis quelques mois ou que vous n'avez simplement pas eu le temps de découvrir. Et à ce petit jeu là, Luke Temple et ses acolytes ont magnifiquement rempli leur mission, répondant aux attentes des fans et en en créant de nouveaux avec leur rock en flux tendu et tout en montées en puissance, à l'image de « Collector », morceau phare du récent album du groupe Pigeons. Certes, dans une configuration plus fournie, la voix magnifique de Luke Temple est reléguée au second plan, mais largement compensée par les inflexions dream-pop et krautrock d'un groupe un brin sous-estimé.



Julian Casablancas / Jeudi / Parc / 21.00 – 22.00

La dernière fois que l'on a vu Julian Casablancas sur une scène belge, cela devait être le 26 février 2002 à l'Ancienne Belgique, avec les Strokes évidemment. A l'époque, le groupe new-yorkais venait de déclencher un véritable séisme planétaire avec son gigantesque et indémodable Is This It?, qui allait marquer le retour en force du rock garage, des jeans qui font coller les bonbons au sachet et des Converse All Star usées. Huit ans plus tard, les Strokes n'ont sorti que deux autres albums et nous en annoncent un tout neuf pour mars 2011. En attendant, c'est un peu la foire au chacun-pour-soi. Julian Casablancas est d'ailleurs le dernier à s'être signalé, mais ne l'a pas trop mal fait avec un premier album qui tient la route. Forcément, entendre le chanteur des Strokes défendre son bébé est une bonne chose, même si au fond de lui-même, le fan de base espère un « Last Nite » ou un « Reptilia » de derrière les fagots.

Première mauvaise nouvelle: Monsieur Casablancas se permet 15 minutes de retard. Deuxième mauvaise nouvelle: l'ami Julian ne semble pas au meilleur de sa forme. Visiblement, il lutte avec quelques problèmes de gorge et surtout, il semble joliment à côté de ses pompes, lui qui affirmait il y a encore peu de temps avoir arrêté l'alcool. Heureusement, l'homme sait se faire pardonner et entame son set avec un « Hard To Explain » qui fout des frissons à tout qui a connu l'émergence fulgurante des Strokes et enchaîne tambour battant sur un « Out Of The Blue » qui mélange riff 'strokien' et clavier vintage. C'est vrai, Julian Casablancs fait un peu peine à voir, mais il y a quelque chose dans cette prestation qui la rend finalement assez agréable: une poignée de putain de bonnes chansons et un je-m'en-foutisme absolu. Certes, on lui pardonne difficilement de se barrer après 30 minutes seulement histoire de forcer non pas un, mais deux rappels, mais ceux-ci contenant le tube « The Modern Age » ainsi qu'un « 4 Chords of the Apocalypse » qui lui permet d'aller faire un petit tour dans le public, la pilule passe un peu plus facilement. Bref, peut mieux faire, mais pas mal quand même.

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Cypress Hill / Jeudi / Parc / 22.30 – 23.30

Déjà présents il y a deux ans pour l'un des meilleurs concerts de l'histoire des Ardentes, les papys de la bande à « Cypress » remettaient le couvert cette année avec un live qu'on ne pouvait imaginer autrement qu'en forme de best-of, malgré l'absence pour une raison inconnue de Dj Muggs qui a cet été laissé sa place au sosie de Fat Joe (un certain Julio G). Quoiqu'il en soit, sur le coup de 22.30, le public était chaud comme une baraque à frites et le spectacle pouvait enfin commencer. Et finalement il n'y a pas grand chose à dire sinon que Cypress Hill est encore et toujours une machine bien huilée : attitudes scéniques répétées depuis une petite vingtaine d'années, ramdam gonflé à la weed (pour ne pas décevoir un public toujours demandeur de ce genre de frasques un peu stériles) et surtout un camion seize tonnes remplis de tubes pour vieux ados. A ce titre, la première moitié du set avait de quoi mettre à l'amende pas mal de faux thugs en distribuant les claques en formes de hits historiques. Mais en grands-pères de la scène west coast, la fougue est quelque peu retombée une fois passé le cap de la deuxième moitié : lourds et fatigués, Sen Dog et B-Real ont parfois eu du mal à se transcender au moment d'entamer les nouveaux titres – pour lesquels ils étaient sensés être présents. Il faut dire qu'ils ne sont pas aidés par leurs nouvelles envies rock, symbolisées par un « Rise Up » pauvre et usé. Quoiqu'il en soit, on ne pourra jamais en vouloir au crew de South Gate tant leurs fulgurances sont globalement bien au dessus de la totalité du rap game américain.

 


Pavement / Jeudi / Parc / 00.00 – 01.30

Pour ceux qui connaissent et aiment Pavement, la présence du groupe américain sur l'affiche des Ardentes était forcément LA bonne pioche de l'organisation, le coup de maître qui donnait du encore un peu plus de piment à une affiche pourtant déjà bien épicée. De plus, l'examen en salle ayant été facilement réussi par Stephen Malkmus et les siens quelques semaines plus tôt, cette date en festival était l'occasion rêvée pour les plus motivés de revivre la magie 90 minutes durant et pour ceux qui n'avaient pas pu obtenir de ticket d'enfin fêter les retrouvailles avec l'un des groupes les plus importants de l'indie américain. Et franchement, vu l'engouement généré par cette reformation, on s'attendait à un public un peu plus fourni pour cette d'affiche. En effet, sur les 12.000 personnes présentes ce jeudi, seuls deux bons milliers semblaient vraiment préoccupés par la venue de Pavement. Il faut dire que la concurrence était rude, avec de l'autre côté une Missy Elliott qui, de l'avis de beaucoup, n'a pas vraiment justifié son statut avec un show en carton pâte. Une remarque qui ne s'applique fort heureusement pas à Pavement.

En 90 minutes bien remplies, le groupe a comblé de bonheur son public avec une setlist contenant une bonne partie de ses « tubes » (« Cut your Hair », « Stereo », « Shady Lane »). Visiblement peu préoccupé par le peu d'égards qui lui avaient réservé un public liégeois épars, Pavement a livré une set tout bonnement ensorcelant et magnétique, séduisant avec autant d'aisance dans les passages lo-fi (magique « We Dance ») que dans les envolées électriques (extatiques « Unfair » et « Conduit For Sale! » avec leurs refrains à gueuler comme un putois). Et puis surtout, ce concert nous a permis de nous poser pour la 45.789e fois cette question essentielle: franchement, comment cette bande d'amerloques moyens donnant l'impression d'évoluer dans un bordel perpétuel dont il n'ont franchement rien à foutre parviennent-ils à être aussi flamboyants? Ce jeudi soir, nous avons encore essayé d'y répondre, en vain. Pavement, c'est simplement génial, et il ne faut pas chercher à savoir pourquoi.

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Pantha Du Prince / Vendredi / Aquarium / 20.30 – 21.30

Aux Ardentes, les amateurs de musiques électroniques sont contraints de se coltiner les deux fournaises intérieures pour supporter leurs artistes préférés, le pire étant que l'Aquarium – petit hangar reconverti en club – a le don d'attirer les meilleurs artistes comme les chaleurs les plus sahariennes. On le savait, le live de Pantha Du Prince allait être une expérience physique tant par les allures deep-house de la musique que par les effluves torrides rejetées par la salle. Mais revenons-en au début. Pantha Du Prince avait fort à faire avec sa proposition live tant le son de ses deux derniers albums (en ce compris le valeureux Black Noise) se prêtaient à des interprétations mystiques et extatiques. Et l'Allemand n'a pas déçu, très loin de là même. Les dix premières minutes d'ambient/electronica ont montré la voie d'un live à la fois mental et dynamique, retraçant de manière exhaustive tous les classiques qui ont fait de Pantha Du Prince l'un des producteurs électroniques les plus respectés de ces dernières années. Tout en évitant le romantisme excessif, la musique d'Hendrik Weber est d'une classe à toute épreuve, louvoyant sans cesse entre clochettes, cowbells et nappes ambient pour un résultat simplement magnifique. Et si la chaleur a eu raison de pas mal d'auditeurs cette soirée là, il reste que les courageux ont pu se délecter de ce qui restera la meilleure prestation électronique de tout le festival.

 


Birdy Nam Nam / Vendredi / Parc / 23.30 – 00.30

Le virage electro 2.0 des quatre Français de Birdy Nam Nam a fait grincer pas mal de dents auprès de ceux qui n'avaient d'yeux que pour les champions du monde DMC de turntablism et leur abstract hip-hop novateur. « C'était mieux avant! » clament sans relâche les puristes, et ils n'ont pas forcément tort. Car sur album, Birdy Nam Nam a intégré le rang des frenchies aveuglés par le filtres electro qui hurlent et les kicks qui déblayent. Et même fait avec talent, Manual For Successful Rioting reste une mise au pas. Mais ne crachons pas dans la soupe, Birdy Nam Nam reste un tank de guerre une fois les quatre platines installées sur scène. Car le coup de chapeau de ces quatre larbins est de réintégrer leur ultra-technicité hip-hop aux gimmicks electro-house, et à partir de là, laisser la machine faire son œuvre au son d'un synthétisme carré à l'épreuve des balles. Les quatre s'arrachent sans faiblir pour produire un set massif (et c'est peu de le dire) et univoque à vous rendre complètement chèvre. A ce prix là – et même si sur papier Birdy Nam Nam est un groupe détestable – on ne peut qu'applaudir et s'incliner. C'est à regretter que le reste de la scène n'ait pas ce background technique.

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Adam Green / Samedi / Aquarium / 15.40 – 16.30

S'il est bien une chose que l'on ne peut pas reprocher à Adam Green, c'est de ne pas se renouveler. Celui qui fut à une époque le petit prince de l'antifolk avec les Moldy Peaches a en six albums d'une qualité assez variable exploré des horizons divers. Cette année, c'est avec un album assez décevant sous le bras, Minor Love, que le songwriter new-yorkais débarquait aux Ardentes. Et franchement, c'est surtout sa réputation scénique assez imprévisible qui nous a poussés à nous traîner avec quelques centaines d'autres motivés dans l'irrespirable Aquarium. Grand bien nous en prit puisqu'en une cinquantaine de minutes, Adam Green a certainement livré l'une des meilleures prestations de ces Ardentes 2010. Non seulement, la setlist contenait à quelques exceptions près tous les meilleurs morceaux du bonhomme (« Jessica Simpson », « Emily », « Friends of Mine », « Dance With Me », « Gemstones », et on en passe), mais ceux-ci avaient surtout subi un relooking rock assez inattendu. Accompagné d'un groupe dont le but était de ne pas faire dans la dentelle, les compositions du bonhomme se découvrent sous un jour nouveau, taillé sur mesure pour l'exercice festival. Ce petit ravalement de facade est d'autant plus agréable que cette énergie retrouvée permet à Adam Green de s'en donner à coeur joie et d'enquiller les clichés de la rockstar un brin avinée: et vas-y que je me mets torse-nu après 15 mins (bon vu la chaleur on comprend), et vas-y que je fais un peu de crowdsurfing toutes les 10 minutes, et vas-y que j'enchaîne les poses un brin loufoques. Il n'empêche, derrière certaines poses un peu « too much » se cache l'un des tous bons songwriters de ces dix dernières années, qui nous a vite fait oublier le coup de mou passager que constituait son dernier effort.



Breakage / Samedi / Aquarium / 22.30 – 00.00

Une panne d'électricité généralisée en festival est chose aussi rare qu'absolument stressante, chacun scrutant le programme afin d'épingler les prestations pouvant potentiellement passer à la trappe. Tandis qu'Everlast devait être recasé plus tard dans la nuit et que Ian Brown pouvait commencer son set avec une bonne heure de retard (mais sur le "I Wanna Be Adored" de ses Stones Roses histoire de se faire pardonner), la peur montait pour tous les fans de Breakage qui pensaient devoir louper là la plus grosse prestation dubstep de ces quatre journées.

Au terme d'une attente insoutenable, l'Anglais pointe finalement le bout de son nez à la porte et attaque rapidement un set qui se révèlera en tous points mémorable. Dire qu'on avait aimé son Foundation est un faible mot, et il semblerait que l'expérience live n'ait rien à envier à la galette en question : un son clair, évidemment massif et jamais putassier aura vite fait de l'aquarium une fournaise surchauffée. Alternant dubstep et drum'n'bass dans une frénésie haletante, toute la science de l'Anglais se répand sans contestation possible, lui qui distille par à-coups des sons en forme de rouleaux-compresseurs.

Horaires réduits obligent, Breakage sera gentiment prié par l'organisation de presser le pas afin de terminer dans les temps. Ce qui devait être un mal sera finalement un bien puisque l'Anglais terminera dans une enfilade de tubes qui finiront d'enfoncer le clou devant plusieurs centaines de chanceux. Hormis un léger goût de trop peu, Breakage a sauvé la face plus que de raison.

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Hudson Mohawke / Samedi / HF6 / 02.30 – 03.30

Une fois le soir tombé sur le site des Ardentes, le festivalier peut se laisser aller aux tentations électroniques malheureusement – il faut le dire – à grosse tendance 2.0. Comme un presque (et c'est important) intrus, Hudson Mohawke était là pour représenter ce qui se fait de mieux matière de wonky et de Uk funky (entendez par là les mutations p-funk et fluo du dubstep), et ça s'est entendu. En technicien complètement dingue, le producteur de Glasgow a livré un son à l'image de son pétillant Butter: extrêmement coloré, référencé et terriblement groovy. Il claquera ainsi du Gemmy, du Ginz, du Joker, son tube « Fuse », un peu de Jay-Z (et son fumeux « Big Pimpin' ») et de Busta Rhymes (énorme « Gimme Some Mo ») ainsi qu'une enfilade de pépites coincées entre Amérique libertaire et bass music bitumée. Dans une ambiance éthylique à souhait (le troisième jour étant bien souvent un Mont Ventoux pour le festivalier consciencieux), le son d'Hudson a fait mouche et mis à l'amende le reste de l'affiche – ce qui n'est pas bien dur avec des Sound of Stereo, Don Rimini et autres éjaculateurs précoces calés devant et derrière. Alors qu'on s'inquiétait de voir évoluer le natif de Glasgow avec un Polyfolk Dance EP (déjà sorti sur Warp) bien trop académique et qui le prédestinait à devenir un wonky-master comme les autres, il aura seulement fallu un album et une prestation de feu pour nous convaincre de tout le bien-fondé de son œuvre. Dommage que contrairement à d'autres DJ's, Hudson Mohawake ait désiré (ou pu?) limiter son set à soixante minutes…



Christian Scott / Dimanche / HF6 / 15.10 – 16.00

A chaque festival son erreur de casting. Dans le cas de ces Ardentes 2010, celle-ci s'appelait Christian Scott. Mais quelle belle erreur de casting pour le coup! Même si l'affiche du dimanche avait une certaine coloration 'black music' avec un mièvre José James ou une détonante Sharon Jones & The Dap Kings, on se demandait un peu ce que ce digne héritier de Miles Davis venait foutre là. D'ailleurs, lorsque le jazzman américain débarque un peu à la bourre à cause d'un soundcheck raboté suite aux prolongations jouées quelques dizaines de minutes plus tôt par un excellentissime Arnaud-Fleurent Didier, ce n'est pas vraiment la foule des grands jours, celle-ci ayant préféré le bain de soleil du côté de la grande scène malgré une affiche d'une qualité assez pauvre de ce côté-là du site. Et même si on n'a jamais senti Christian Scott et son band à son affaire, l'expérience n'en restera pas moins mémorable. Pendant une petite cinquantaine de minutes, le natif de la Nouvelle-Orléans a initié son public à son univers jazz fusion où la fougue se mélange à la coolitude, où les solos fiévreux viennent se greffer sur les notes rondes de sa trompette. Franchement, après trois journées de festival bien remplies et avec une petite gueule de bois aggravée par la canicule, on ne pouvait espérer mieux pour relancer des organismes mis à rude épreuve.