Pukkelpop 2015: les gagnants, les perdants
Kiewit , le 20 août 2015
GAGNANT : l’organisation
Un festival en 2015, cela reste un défilé d’artistes crevés qui étaient la veille en Pologne et seront le lendemain en Allemagne, et qui font de leur mieux pour survivre à une période de l’année qui de leur propre aveu, est souvent bien moins glamour et fun qu’on voudrait le croire.
Dans ces conditions, on sait qu’il n’est pas facile d’offrir une belle brochette de concerts inoubliables, et un festival se résume souvent à quelques coups d’éclat. Par contre, l’organisateur a une année complète pour se préparer. Et contrairement au groupe qui a quitté ses pénates trois mois plus tôt et dont les membres sont sur le point de s’entretuer, l’organisateur se doit d’être au top.
Et y’aura pas eu à tortiller du cul : cette année encore, les mecs se sont surpassés. C’est après ces trois journées absolument incroyables d’un point de vue organisationnel que l’on se dit que les 55 EUR de différence entre le billet pour le Dour Festival et le Pukkelpop ne se situent probablement pas qu’au niveau du budget artistes, mais bien dans cette chiée de détails qui mettent le confort du festivalier au cœur de son expérience.
La plus belle preuve de ce que l’on dit : si vous aviez vu la tronche des chiottes le dernier jour de festival, vous n’y auriez pas cru. #vlamingendoitbetter
PERDANT : la police limbourgeoise
Ce fut le feuilleton de l’été : la drogue en festival serait devenu un problème. Y’en aurait plein. Partout. On ne va pas revenir sur la polémique qui a entouré la dernière édition du Dour Festival (tout a été dit ici), mais on soulignera quand même l’EPIC FAIL qu’aura constitué la campagne de communication de la police limbourgeoise en amont du festival. Une attitude assez ridicule dans le sens où la drogue sur le site du Pukkelpop est à peu près aussi populaire qu’un concert de Tryo en tête d’affiche du Hellfest. Mais voilà, cet été, il fallait se montrer ferme. Mais un peu cool quand même. Alors les mecs ont eu de grandes idées, comme fliquer les hashtags en amont sur les réseaux sociaux et installer une boîte à l’entrée du site où les festivaliers pouvaient déposer volontairement leurs pacsons. On aimerait tellement en connaître le contenu mais bizarrement, la communication sur le sujet a été pour le moins calme…
PERDANT : l’ingé-son du Club le premier jour
Pour peu qu’on soit bien accompagné, on se marre toujours en festival. Encore plus si c’est musicalement mauvais – on se console comme on peut. Autant vous le dire : on a énormément rigolé en ce premier jour de Pukkelpop. Déjà, l’affiche était faible. Mais en plus, pas mal de groupes semblaient en roue libre ce jour-là. Et quand ils ne l’étaient pas, c’était l’ingénieur son du Club (probablement la scène avec la meilleure programmation) qui s’employait à nous pourrir notre journée. Si le son était passable pour Natalie Prass, ce triste sire nous a purement et simplement ôté toute envie de rester plus de dix minutes aux concerts de la belle Lianne La Havas et des bêtes de scène certifiées que sont les Future Islands. Dur.
GAGNANT : Mountain Bike
C’est sûr qu’il n’y a qu’à voir le planning de tournée de Mountain Bike depuis la sortie de leur très chouette premier album pour se dire qu’à ce rythme là ils vont finir par jouer au Festival des Arts de la Rue de Chassepierre ou à la Foire agricole de Libramont. Après, quand on voit comment les Bruxellois progressent dans cette exercice, on se dit qu’ils peuvent continuer à se taper l’incruste où bon leur semble. En effet, on sait combien il est compliqué d’attirer du public dans une tente par 28 degrés, à plus forte raison quand on est un petit groupe wallon qui ouvre les festivités sur la scène annexe d’un grand festival flamand. Pourtant, en une trentaine de minutes, les peyes de Mountain Bike ont fait le taf avec une bonne humeur communicative, en donnant à leur surf-rock-garage une énergie qu’on ne lui connaissait pas sur album.
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PERDANT : la grande scène
Mon premier jour de Pukkelpop remonte au 22 août 2002. Ce jour-là, la tête d’affiche se nommait Jane’s Addiction. Et c’était génial. Il est par contre impensable de voir ce genre de noms sur la Main Stage en 2015. Des choix ont été posés, et ils semblent avoir pour seul objectif de réunir, à quelques exceptions près, un improbable mélange de stars des charts, de vieilles gloires qui n’ont plus rien à proposer, de local favourites et d’un gros paquet de merdes pseudo-indie qui collectionnent les dizaines de millions de vues sur YouTube.
Le problème ? C’est que la Main Stage a fait le plein tout le weekend, et que le festival affichait une nouvelle fois sold out. Pire encore : quand on voit certains trucs programmés dans le Marquee (coucou George Ezra et ses badaboudibou… coucou Kodaline et son folk qui ferait passer le pire de Mumford & Sons pour du Philip Glass) on se dit que cette scène-là est elle aussi sur une pente savonneuse.
Bref, qu’une bonne partie des gens qui ont quand même déboursé 200 EUR pour le combi-ticket (à peine un peu moins qu’à Rock Werchter) s’accommodent très bien d’une programmation d’une telle pauvreté est inquiétant pour ceux qui faisaient déjà le pèlerinage en terres limbourgeoises dans les noughties.
Sur les scènes annexes, à de trop rares exceptions, c’est surtout le manque de têtes d’affiche indie qui nous a le plus interpellés, et cela malgré une bonne qualité globale – OK, le Fuck Yeah Fest de Los Angeles organisé simultanément n’a pas facilité la tâche des programmateurs.
En tout cas, quand on voit comment évolue la situation, on se dit qu’il faudra à l’avenir aussi tenir compte des décisions prises par Herman Schueremans, l’homme derrière Rock Werchter dont les envies de grandeur ont été clairement affichées ces dernières années, entre l’évocation d’un déménagement vers un nouveau site ou l’aménagement de l’espace actuel pour y ajouter une nouvelle scène. Au mieux, une multiplication des scènes à Rock Werchter pourrait venir siphonner un bon paquet de groupes que le fan historique du Pukkelpop aimerait voir disparaître de l’affiche. Au pire, … on préfère ne pas y penser en fait.
GAGNANT : Tame Impala
Tame Impala, c’était sans doute la bête de foire la plus attendue par les fans de rock psyché qui ne se sont pas sentis insultés par l'omniprésence de synthés sur le petit dernier du groupe, Currents. Peu d'albums ont connu une exégèse aussi passionnée et partagée. Mais dès leur entrée sur scène, les Australiens semblent déterminés à nous agripper par les roupettes avec l'homérique "Let It Happen" - et à prouver aux derniers sceptiques qu’on ne tient pas là un enième groupe de rigolos gavés de champis. Samedi dernier, ce titre a sonné encore plus couillu que sur le disque et a pénétré les globules rouges de chaque spectateur du Marquee, entièrement acquis à la cause de Kevin Parker à la seconde où le pied a foulé la pédale d'effet. Et que dire de ce son : épais, et parfaitement dosé pour mettre en valeur les voix de tête du Frodon psyché ultime. C'est simple : à lui seul, Parker synthétise 60 ans de musique populaire. Et ouais, ce qu'on a entendu pendant une heure dans cette ambiance moite, c'était du doo-wop qui copulait avec du MJ; du Moroder qui gravitait autour de volutes floydiennes tandis qu'une voix lennonesque nous certifiait qu'il se sentirait plus heureux "Eventually ahahahaaaa" s'il nous laissait sur le carreau. T'es fou mec, tu nous as harponnés avec ton disco-psych-electro. Maintenant on vit, on dort, on boit, on couche ensemble, on ne se quitte plus. On ne laissera jamais cela arriver.
GAGNANT : notre système digestif
Pour le festivalier un peu gastronome, la Route des Saveurs aux Ardentes a toujours constitué une sorte d’étalon-or, une vraie valeur ajoutée et un exemple à suivre. Petit message à l’attention du festival liégeois : c’est bon les gars, vous pouvez allez vous rhabiller. Ici, on a carrément eu droit à un village dédié à la bonne bouffe, placé dans un petit bois adjacent au Shelter. Avec sa vingtaine de foodtrucks rivalisant d’arguments, on pourrait même parler d’un festival dans le festival.
Malgré sa localisation à côté de la scène la plus bruyante, on aura eu la sensation inestimable de prendre une pause, une vraie – on sait que c’est devenu mission impossible dans un grand festival. Et pas question ici de se faire entuber au nom de la hipsterisation gastronomique : pour le prix d’un mauvais dürüm vendu à quelques dizaines de mètres de là, vous pouviez bouffer une pizza au feu de bois, un sandwich au porc émincé nappé de sauce BBQ au whisky ou un véritable fish’n’chips nappé d’une sauce tartare maison à se taper le cul par terre. Bref, celui qui est rentré cette année chez lui en disant que la bouffe de festival est toujours aussi infâme est un sombre connard.
PERDANT : Ho99o9
Les gars de Ho99o9 n’ont que quelques titres à leur actif, et pourtant la hype les entourant est déjà conséquente. Il faut dire que les Américains savent nous vendre un produit bien marketable comme il faut : une sorte de croisement bien graveleux entre Death Grips, les Bad Brains et Odd Future. Un projet et une vision musicale très convaincants sur disque, d’ailleurs. Par contre, pour ce qui est du live, va falloir repasser. S'il n y’a rien à dire sur la scénographie ou les visuels (enfin à condition d’aimer la violence gratuite, les séries B et les films gore), musicalement, ce fut extrêmement poussif, indigeste, et souvent inintelligible. Bref, ça nous aurait presque fait regretter d’avoir raté Young Thug pour cette imposture si on ne s’était pas barré après 15 minutes de ce non-événement. Surtout que la fierté d’Atlanta, sans retrouver sur scène la flamboyance de ses performances en studio, a livré une prestation tout à fait honorable dans un Dancehall tout acquis à sa cause.
PERDANT : Ty Dolla $ign
A peu près tout ce qu’on a dit ici s’est vérifié lors de ce concert dont le seul moment fort aura été l’entrée du emcee californien sur un Hover Board. EPIC FAIL sur toute la ligne.
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GAGNANT : les Evil Superstars
Le dernier véritable concert des Evil Superstars a eu lieu en septembre 1998 à Bruxelles. On dit "véritable" parce que lors d’un concert de reformation en 2004 ils interprétaient le Jerusalem de Sleep à l'AB et en 2013, dans cette même salle, c'était un set cosmic synth qu'ils proposaient.
Mais cette fois c’était la bonne, sur leurs terres, devant « leur » public. On ne va pas se mentir : vu ce que sont devenues les forces motrices du groupe (Tim Vanhamel est aux abonnés absents depuis des plombes et Mauro Pawloski s’encroûte chez dEUS), on avait de grosses craintes. Des craintes qui ont rapidement été balayées par un concert d’un très gros niveau.
Car à l’exception d’un Tim Vanhamel à qui des cheveux blancs ôtent le look d’éternel adolescent, rien ne laisse penser qu’une grosse quinzaine d’années s’est écoulée depuis la disparition de ce qui restera l’un des groupes les plus sous-estimés et essentiels de l’âge d’or du rock belge.
Mais c’est aujourd’hui une évidence : vu le soin apporté à ce concert de reformation (ce son énorme, ces visuels, cette présence), et vu le tonnerre d’applaudissements au terme du dernier titre (l’inévitable « It’s a Sad Sad Planet »), on a dû mal à croire que les gars ne vont pas laisser parler leurs instincts mercantiles et ajouter un bon paquet de dates à leur calendrier dans les mois qui viennent. En même temps, pour un groupe qui n’aura jamais eu la reconnaissance qu’il mérite il y a 15 ans, ce ne serait qu’un juste retour des choses.
PERDANT : Father John Misty
Alors lui, on ne s'attendait pas vraiment à le voir figurer dans la case des perdants au vu de l'excellence de son I Love You, Honeybear. Mais voilà, quand on en fait trop, quand on gesticule dans tous les sens et qu'on réclame tous les projecteurs sur soi au point de réduire son groupe à une tripotée d'ombres asservies, on finit par faire chier son monde, c'est biologique. Tout le monde a déjà connu ça en soirée : le type lourd qui accapare l'espace vainement. Ainsi, malgré un "Bored In The USA" particulièrement émouvant, Josh Tillman a bien peiné à s'attirer la sympathie du public, se lançant dans d'interminables monologues plus égomaniaques les uns que les autres. Et c'est un constat très triste, car avec des chansons touchant à ce point à la quintessence du songwriting des 70's et avec une voix aussi pure, un poil de retenue et de pudeur auraient été bienvenues. Ou alors il fallait carrément la jouer à la Fat White Family et montrer son derche à toute la populace en sirotant tous les cocktails des backstages. Là, on n'aurait pas eu assez de nos deux mains pour applaudir.
GAGNANT : Amenra
Il y a des groupes dont on vous parle depuis des années, au sujet desquels vous ne lisez jamais rien de mal, et que vous ne connaissez pourtant qu’à peine. Amenra en faisait partie. Depuis mon retour, leur discographie tourne en boucle sur mes platines. Propulsés tête d’affiche dans le Shelter le vendredi en l’absence des géants de Mastodon (tristesse infinie), les Courtraisiens ont livré un show que les fans qualifieront probablement de prévisible, mais qui a eu l’effet d’une claque pour tous ceux qui se prenaient pour la première fois dans la tronche les déflagrations post-hardcore / sludge / black métal des petits Belges de chez Neurot Recordings, le label des darons de Neurosis. Une heure en forme d’expérience totale, pendant laquelle le temps s’est littéralement arrêté, pour un concert duquel on est sorti groggy, mais tellement heureux de se dire que l’on venait probablement de vivre l’un des plus beaux moments du festival.
GAGNANT : The Districts
Ça fait des plombes qu’on les suit, et le camarade Maxime nous avait dit le plus grand bien de leur prestation à la Route du Rock. Bref, ce concert des Districts faisait partie des trucs qu’on ne voulait manquer sous aucun prétexte. Et pour faire simple, c’était comme sur disque, mais en mieux. Cette rage post-adolescente qui anime leur indie rock, elle s’est parfaitement traduite dans un concert où le groupe a tout donné, nous faisant presque croire que c’était la dernière fois qu’on les laisse maltraiter leur matériel sur une scène. Vite, une nouvelle date belge…
GAGNANT : FFS
Malgré un album excellent et une jolie place dans l’affiche, la paire Franz Ferdinand / Sparks a dû composer avec une concurrence assez rude : un peu avant, un peu après ou en même temps qu’eux, on pouvait aller voir Christine & the Queens, Ellie Goulding, The Soft Moon, Father John Misty ou la Fat White Family. Bref, on n’était pas trop à l’étroit dans l’immense Marquee.
On ne va pas s’en plaindre, mais on regrettera que l’un des concerts les plus chouettes du festival n’ait pas eu droit à une salle comble. Car l’alchimie entre les iconoclastes Américains et la machine de guerre écossaise est d’une efficacité incroyable.
Il faut dire que la formule consistant à entrecouper les meilleurs singles de l’album de quelques uns des plus gros tubes des répertoires respectifs, c’est la garantie d’un souk pas possible. Et puis il y a quelque chose d’incroyablement attachant à voir Alex Kapranos et les siens jouer les choristes de luxe sur les plus grands tubes de Sparks, et d’extrêmement comique (mais dans le sens le plus positif du terme) à voir Ron Mael se démener comme un beau diable sur « Michael » ou « Take Me Out » - et probablement espérer que les coutures de sa chirurgie esthétique ne pètent pas à cause de tous ces mouvements.
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GAGNANT : Courntey Barnett
Quand on y pense, la musique de Courtney Barnett n’a rien d’exceptionnel. Elle est incroyablement référencée et rien (ou presque) ne la rend indispensable aux yeux du fan de musique à la recherche d’un peu d’originalité. Mais voilà, c’est un peu comme avec Pavement ou Mac De Marco : sans jamais donner l’impression de forcer son talent, l’Australienne atteint des niveaux de maîtrise pop et de coolitude indie que même à Williamsburg ou dans le Marais on voit pas. Aussi, on savait qu’on ne devait rien attendre de spécial de son concert, si ce n’est un paquet de très bons titres et une décontraction à toute épreuve. C’est exactement ce à quoi on a eu droit et on<s> </s>remercie du fond du cœur Courtney Barnett.
GAGNANT : Slaves et Radkey
Sur le papier, peu de choses rapprochent Slaves et Radkey si ce n’est leur amour du punk, et leur passage à une heure précoce dans un Marquee clairsemé. Ah oui, autre point commun : l’un comme l’autre ont été très convaincants.
Stars en Angleterre, les gars de Slaves n’ont pas eu les honneurs d’une salle pleine comme c’est souvent le cas sur leurs terres. Ça n’a pas empêché la paire Laurie Vincent / Isaac Holman de balancer une grosse dose de purée blues-punk sur un public qui ne demandait que ça. Avec l’accent de prolo et l’attitude de lad bien hautain en bonus, histoire qu’on ait vraiment envie d’aller boire des pintes de lager tiède en matant un match de Premier League dans la foulée.
Les jeunes gars de Radkey eux, ils ont tout simplement fêté la sortie de leur premier album sur la scène du Pukkelpop. Une fratrie qui est au punk rock ce que les sœurs Williams sont au tennis : une histoire de gros talent et une gestion en famille – c’est leur père qui s’occupe de tout. Forcément, vu la couleur de la peau et de grosses accointances avec la scène punk hardcore, les comparaisons avec les Bad Brains vont vite tomber, mais on retrouve aussi un amour immense pour des groupes comme les Ramones et les Who chez ces teenagers du Missouri qui ont déjà quelques tubes dans leur besace et font preuve d’un professionnalisme qui pourrait bien les mener loin. Dernier petit tuyau : la machine fonctionne beaucoup mieux sur scène que sur un disque trop propret pour vraiment convaincre. Bref, ne les ratez pas la prochaine fois qu’ils seront dans nos contrées
PERDANT : Mark Ronson
Immense tabou dans le milieu musical, le cachet d’un gars comme Mark Ronson n’en reste pas moins énorme. Et pour le coup, se dire que le Pukkelpop a probablement dû débourser quelques dizaines de milliers d’euros pour s’offrir un set indigent du producteur anglais, ça fait mal. Une heure pendant laquelle on aura eu bien du mal à faire la différence entre Mark Ronson et un dj de guinguette enchaînant de bons titres certes – difficile de se planter avec « Uptown Funk », Stevie Wonder ou le « Valerie » d’Amy Winehous. En gros, n’importe quel mec ayant un peu de culture musicale et des connaissances basiques d’Ableton aurait pu s’y coller. Mais voilà, c’est Mark Ronson avec un vieux t-shirt des Smashing Pumpkins qui s’y collait alors le Dancehall était blindé. Soyons quand même honnêtes : on ne s’est fondamentalement pas emmerdé, mais quand on a vu à quoi ressemblait le même exercice par Jamie xx juste derrière, on se dit qu’on est fait enculer. Mais avec le sourire. C’est toujours ça de pris.
GAGNANT : Underworld
S’en aller voir Underworld clôturer cette édition 2015 du Pukkelpop, c’était un peu par dépit qu’on le faisait. C’était ça ou Netsky sur la grande scène entouré de 50.000 Flamands boutonneux. Puis c’était aussi un choix un brin tactique : on connaissait d’avance l’efficacité des Anglais sur scène, et vu l’état de délabrement avancé dans lequel se trouvaient nos organismes, on savait pertinemment bien que l’heure n’était plus à la découverte ou aux choix osés. Bref, Karl Hyde et Rick Smith avaient 90 minutes pour faire battre nos petits cœurs de trentenaires aigris et nous faire oublier la fatigue. Bingo. Plus de 20 ans après leur premier passage au Pukkelpop (cette année-là, les RHCP étaient en haut de l’affiche), les Anglais ont non seulement montré qu’ils vieillissent admirablement bien, mais surtout que leur musique a encore quelque chose à nous raconter sur l’Angleterre électronique, parvient à nous faire chouiner comme des fans des One Direction et à nous faire oublier que le lendemain, ce sera le douloureux retour à la routine.
PERDANT : tous ces trucs cools qu’on a pas pu aller voir pour des raisons diverses et variées, qui peuvent aller du guêt-à-pintes au problème intestinal en passant par le conflit de calendrier. Bref, on a une petite pensée pour Four Tet, Ride, The Soft Moon, Ought, DJ Mustard et un gros paquet d'autres artistes qui auraient mérité qu'on leur accorde un peu de notre temps. Promis, on vous ratera pas la prochaine fois.