Festival International de Benicassim
Benicassim (Espagne) , le 17 juillet 2008
Si les festivals belges ou français de qualité ne manquent pas au programme, il faut bien avouer qu'une inconnue plane toujours sur ces rendez-vous estivaux : j'ai nommé la météo (et tous ceux qui ont surnagé dans la boue lors de la troisième édition des Ardentes ne me contrediront pas). Bien décidés à assister à un festival « soleil compris », trois rédacteurs de Liability ont pris la décision, plutôt que de se rendre à la 20e édition du Dour Festival (à l'affiche un poil décevante cette année), de mettre le cap au sud et d'avaler 1600 kilomètres de bitume pour prendre le pouls du Festival International de Benicassim (le FIB pour les intimes).

Située sur la côte espagnole, quelque part entre Barcelone et Valence, la ville de Benicassim et sa voisine de Castellón ne paient pas de mine et ressemblent à toutes ces cités balnéaires espagnoles tombées aux mains des promoteurs immobiliers dans les années 70. Mais chaque année au mois de juillet, Benicassim est envahie de festivaliers provenant des quatre coins d'Europe (50 à 60 % des 35.000 personnes présentes chaque jour sur le site ne sont pas Espagnoles). Enfin, des quatre coins d'Europe… tout est relatif, car c'est principalement des îles Britanniques que provient l'immense majorité des festivaliers étrangers.
En effet, si cela fait maintenant près d'un millénaire que la perfide Albion n'a plus été envahie avec succès (la dernière fois, c'était lors de la bataille de Hastings en 1066), il ne fait aucun doute que les sujets de Sa Gracieuse Majesté savent comment procéder à un débarquement en règle. C'est ainsi par hordes entières qu'ils prennent chaque année possession des lieux à l'approche du festival et que, quelques jours par an, Gibraltar n'est plus la seule enclave britannique en territoire espagnol !

Mais le FIB, c'est bien plus qu'un Glastonbury ou un Reading délocalisé (même si tous les préjugés que l'on pouvait avoir sur les festivaliers britanniques ont été confirmés – tenues des plus improbables, consommation impressionnante de bière, public incroyablement bruyant mais ne ménageant pas sa peine pour les artistes qu'il apprécie, demoiselles très courtement vêtues et n'ayant jamais entendu parler d'un produit pourtant ô combien utile, j'ai nommé la crème solaire, on en passe et des meilleures). Tout y est en effet mis en œuvre pour que les personnes présentes puissent passer quatre jours des plus agréables : l'esplanade devant les scènes est goudronnée, les espaces verts où se prélasser entre deux concerts sont légion, et les horaires sont adaptés afin d'éviter les heures les plus chaudes de la journée (les premières notes résonnent aux alentours de 18 heures et les derniers beats s'évaporent dans la nuit vers 8 heures du mat'). Pour couronner le tout, il est extrêmement aisé de se désaltérer (mention spéciale aux nombreux bars qui permettent d'obtenir on ne peut plus facilement un rafraîchissement houblonné qui, à défaut d'être de qualité - une grande marque néerlandaise sponsorise le festival - a le mérite d'être disponible dans des gobelets d'un litre permettant aux festivaliers assoiffés d'éviter de trop nombreux allers-retours vers les pompes).
De plus, outre l'aménagement du site qui permet aux 35.000 personnes présentes chaque jour de ne pas avoir l'impression d'être parquées dans un champ habituellement réservé aux bovidés, de nombreux événements extra-musicaux (mode, courts-métrages, arts plastiques, danse, théâtre…) viennent émailler la manifestation et le festival peut se targuer d'avoir une conscience écologique (tri des déchets, utilisation de papier recyclé pour la campagne de publicité et compensation des émissions de CO2) et humanitaire (l'ensemble des recettes de parking vont à Amnesty International). Si l'on ajoute à cela le fait que la journée, il est possible de recharger les batteries à la plage (ou au bar de la plage) et, avec un peu de chance, d'y croiser en maillot de bain des artistes invités à se produire le soir même comme cela nous est arrivé avec les membres de Sigur Rós ou de Battles, on se dit que tous les ingrédients sont réunis pour passer un excellent festival.

« Mais la musique dans tout ça ? » allez-vous me dire. Eh bien là non plus le FIB ne déçoit pas. Avec ses 102 concerts étalés sur quatre jours (ou plutôt quatre nuits) et programmés sur trois scènes, il est parfois difficile de faire un choix entre les différents groupes au menu, les horaires se chevauchant très (trop) souvent. Et lorsque se fait ressentir le besoin de souffler un peu ou qu'il n'y a rien qui vous attire vraiment pendant quelque temps, un petit détour par la Pista pop (un chapiteau où les DJ enchaînent les tubes à un rythme endiablé) s'impose. A moins d'aller découvrir la Silent Disco, un espace où l'on retrouve deux DJ qui jouent simultanément et… dans le plus grand silence. En effet, les clubbeurs présents sur la piste sont tous munis d'un casque sur lequel il leur est possible de choisir entre deux canaux grâce auxquels s'expriment les DJ. Pour l'avoir testé, on peut vous dire qu'il s'agit d'un concept amusant et rafraîchissant.

L'affiche étant, on vient de le voir, pléthorique, il a fallu faire des choix parfois cornéliens (parfois beaucoup moins) et c'est ainsi que dans les comptes rendus qui suivent, on ne vous parlera pas des prestations de certains artistes. Vous ne trouverez par exemple aucune trace des concerts de Death Cab for Cutie ou de The Kills (parce que les horaires sont parfois mal foutus), de Morrissey (parce qu'on a été voir le premier quart d'heure et qu'on a pas trop apprécié l'imagerie et les propos réacs, voire carrément à droite de la droite de l'ancien leader des Smiths), de Mika (parce qu'il ne faut quand même pas déconner) ou de Yelle (parce qu'on préfère encore parler à sa main plutôt que de l'écouter chanter !). Mais assez parlé de ce que l'on a pas vu, passons maintenant aux concerts auxquels nous avons assisté…
Photos: Archivo FIB / François Ollivier, Oscar Tejada, Liberto Peiro, Natalie Paco
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Nada Surf
Escenario Verde / 21 :40 – 22-30
La prestation mollassonne et fort peu emballante de Nada Surf au quatrième jour des Ardentes nous avait laissé un arrière-goût amer, tant le groupe nous avait habitués à mieux par le passé. C’est donc en nous demandant si les Américains réussiront à inverser la tendance que nous pénétrons pour la première fois sur le site du festival afin d’assister à un concert qui donne le véritable coup d’envoi de cette 14e édition du FIB (deux groupes locaux s’étant déjà succédé sur la scène principale). Et, à peine le set entamé, on sent les membres du groupe plus à l’aise, et surtout plus énergiques qu’à Liège quatre jours plus tôt. Cela est-il dû à la présence au clavier et à la trompette de Martin Wenk de Calexico ou au fait que la musique de Nada Surf correspond particulièrement bien à l’ambiance "sea, sex and sun" qui caractérise le festival ? Peut-être un peu des deux, mais en tout cas, on ne s’ennuie pas un instant.
Puisant principalement dans The Proximity Effect, The Weight is a Gift et Lucky, Mathew Caws et sa bande se permettent même le luxe de faire abstraction de leur tube "Popular", preuve s’il en est que le concert était de qualité et que le public, dont les rangs étaient encore quelque peu clairsemés à cette heure, était réceptif aux mélodies power pop des New-Yorkais.
Et, au terme des 50 minutes qui leur avaient été accordées, alors que la nuit tombe sur le site, on se dit que Nada Surf tient sa revanche et que le trio (enfin, le quatuor pour l’occasion) constitue une entrée en matière idéale pour ce Benicassim 2008.
Laurent

Sigur Rós
Escenario Verde / 22.50-00.20
Installé depuis quelques heures à peine sur le prestigieux festival du Fiberfib, j’attendais beaucoup de cette première soirée sous le soleil espagnol. Passablement lassé par le concert de Nada Surf (pour une question de goût et non de qualité), le passage de Sigur Rós juste après me donnait une bonne raison de ne pas m’en faire quant à la bonne tenue de ce début de soirée. En effet, les Islandais ne se feront pas prier pour infliger une bonne leçon de savoir-faire musical. Les habitués du groupe ne seront pas étonnés de voir une tracklist quasiment inchangée depuis leur début de tournée, et à vrai dire, c’est tant mieux puisque dès l’introduction, la grande scène se voit plongée dans un décor (musical autant que scénique) onirique et baroque de grande qualité. De la voix perçante et épurée du chanteur à la section rythmique déjantée en passant par le look mystique de la troupe, tout raisonne de manière juste et touchante titre après titre.
Pas de frasques ambient-rock léthargiques : Sigur Rós donne du tempo à sa prestation, et témoigne d’une vraie langueur qui transforme chaque titre en prestation individuelle marquante. Car la patience et la relative retenue dont fait preuve le groupe l’empêche à chaque instant de tomber dans une sorte de soupe indigeste qui aurait miné le résultat final. Au bout d’une heure se profile déjà le final, un final qui se devait d’être gigantesque au vu de la prestation donnée par les Islandais jusque-là. Nous ne serons pas déçus avec une triple explosion des sens faisant intervenir une large foule de musiciens répartis aux quatre coins de la scène pour un bordel maîtrisé de bout en bout. Le festival commençait admirablement bien, et Sigur Rós y était pour beaucoup.
Simon

Lightspeed Champion
Vodafone FIB Club / 23.40-00.40
Benicassim, c’est le meilleur moyen de profiter d’un festival anglais avec tous les avantages de la délocalisation, à commencer par la météo des plus clémentes. Ce petit privilège est suivi de très près par la chance de côtoyer un public qui sait se montrer aussi bruyant que généreux lorsqu’il s’agit d’acclamer un des siens. Devonte Hynes, ex-Test Icicles se produisant aujourd’hui sous le nom de Lightspeed Champion, est un artiste qui, hors de son Angleterre natale, ne s’attire rien de plus que la sympathie de ceux qui ont jeté une oreille attentive à son excellent premier album, Falling Off the Lavender Bridge. Mais sur ses terres, notre homme bénéficie d’une toute autre notoriété, qui a pu être mesurée à l’aune de l’accueil triomphal que lui a réservé le public, à 90% composé d’Anglais, en ce premier soir de festival. Accompagné de cette chapka qui ne le quitte jamais (et qui, vu la température ambiante à Benicassim, doit probablement flairer le bouc en décomposition) et d’un groupe remonté comme jamais, Devonte Hynes débarque en terrain conquis. Il ne lui reste plus qu’à se lancer dans l’interprétation de titres qui passent à peine sur nos ondes, alors qu’à en juger par le 'sing along' quasi ininterrompu qu'est le concert, ils sont de véritables tubes dans la perfide Albion. Et malgré un son désastreux en début de concert, rendant à peine audible la voix de Hynes, il se dégage de la prestation du groupe un véritable sentiment d'euphorie bien aidé par des versions live beaucoup plus musclées que celles présentes sur Falling Off the Lavender Bridge. Ce mélange de pop et de folk a très fière allure et Lightspeed Champion vient déjà de signer l’un des tout bons moments de cette édition 2008. Ca commence bien...
Jeff

Black Lips
Escenario Verde / 2.10-3.10
Les Black Lips, c’est le groupe imprévisible par excellence. Au fil des années et des centaines de concerts donnés, le groupe s'est taillé une réputation scénique sulfureuse, faite d’alcool, de gerbe, de nudité, de matières fécales et d'excès en tous genres. Ah oui, et de rock'n'roll brut et salace. Bref, aller voir les Black Lips, c'est espérer au fond de soi assister à une prestation complètement bordélique et outrageusement décadente, quitte à ce que la musique soit légèrement reléguée au second plan. Malheureusement, d'excès, il n'y en eut point à Benicassim. Visiblement bien éméché (et probablement dopé par des substances que la moralité m’interdit de mentionner), le groupe s'est contenté d'enchaîner les morceaux, côtoyant le meilleur (les incandescents « Katrina » et « Black Kids ») et le pire (pas mal de titres ont été joués dans une cacophonie qui les rendait parfois à peine identifiables), et démontrant surtout que ce n’est pas sur une grande scène qu’il a vraiment sa place. Heureusement que ces natifs d’Atlanta seront de retour d’ici peu pour une tournée européenne des clubs où ça risque de partir méchamment en sucette. Le rendez-vous est donc pris.
Jeff

Battles
Vodafone FIB Club / 03.00-04.00
Pas étonnant de croiser la route de Battles à ce festival réputé qu'est Benicassim. Et pour cause, le dernier album des New-Yorkais truste de manière méritée tous les hauts lieux mondiaux de la musique de bon goût. Pas besoin de vous faire un dessin, la foule présente sur place témoigne déjà des attentes placées dans le concert de nos quatre héros. Le Vodafone FIB Club est déjà bondé alors que le concert ne commencera que dans une bonne poignée de minutes, c’est donc imbriqués les uns dans les autres que je patienterai jusqu’à l’arrivée du groupe. Une mise en place rapide pour un début retentissant, qui annonce directement la couleur. Malheureusement, on se rend aussi vite compte d’un problème ma foi récurrent : le son des guitares sèches et pincées du groupe résonne avec une telle insistance que chaque note nous transperce les tympans de manière sauvage et désagréable.
Il faut donc tendre l’oreille pour parvenir à apprécier les architectures finement dessinées de notre association de surdoués (ce qui, vous l’aurez deviné, n’est pas chose facile avec une belle bande d’Anglais complètement décalqués à mes côtés). Les titres s’enchaînent avec rapidité dans une hystérie de tous les instants : « Race In » ou encore « Leyendecker » (avec un travail de John Stanier une fois de plus époustouflant) prépare admirablement bien le terrain pour l’arrivée du titre immanquable, j’ai nommé « Atlas ». Le plafond craque alors que Tyonda Braxton prépare ses samples vocaux devenus cultes depuis la sortie de Mirrored. Une fois ce travail de sape accompli, c’est avec le public dans leur poche que les Américains termineront leur concert de la même manière qu’ils l’avaient commencé : réglé comme du papier à musique, assurant la prestation sans trop forcer le talent.
Simon
Photos : Archivo FIB / François Ollivier, Oscar Tejada, Liberto Peiro, Natalie Paco
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Metronomy
Vodafone FIB Club / 20.30-21.30
Première constatation: 24 heures ou presque se sont écoulées depuis mon dernier passage dans le Vodafone FIB Club et le son y est toujours aussi exécrable. Et aujourd’hui, ce sont les Anglais de Metronomy qui sont les premiers à en faire les frais. Avec un son grossier et des voix difficilement audibles, difficile donc de s’attirer les faveurs d’un public toujours somnolent en raison de la chaleur insupportable qui règne sous la tente malgré une heure relativement tardive. Mais en dépit de ces conditions pas vraiment favorables, le groupe fait de son mieux pour réveiller les festivaliers avec son électro pop minimaliste qui lorgne du côté de Hot Chip et qui tente de démontrer, tant sur le fond que sur la forme, que Kraftwerk et Devo c’était cool, mais un peu trop ‘branlette arty’ quand même. Et c’est vrai que sur des titres comme « Holiday » ou « Radio Ladio », on pourrait presque leur donner raison. Ceci dit, on attendra la parution de leur album en septembre pour se faire une idée plus claire de leur cas.
Jeff

El Guincho
Fiberfib.com / 21.30-22.30
El Guincho pourrait bien être l’un des produits d’exportation espagnols les plus populaires de l’année 2008. Avec son album Alegranza, disponible par chez nous d’ici peu via Young Turks (le label des magnifiques Holy Fuck), Pablo Diaz-Reixa fait instantanément penser à un artiste qui a marqué de son empreinte l’année passée, j’ai nommé Panda Bear. Mais si la musique du rejeton d’Animal Collective évoque la pop ensoleillée en provenance directe de Californie, les boucles hypnotiques d’El Guincho nous transportent vers des latitudes encore plus tropicales pour une expérience qui vous titille les sens dès les premiers loops. Ceci étant, aussi convaincant soit el Guincho sur disque (on vous en reparlera bientôt), le jeune Catalan a encore quelques progrès à faire en live. Seul avec ses machines et ses percussions, il semble quelque peu perdu malgré une progression par couches (les boucles hypnotiques se succèdent pour attirer le public vers la transe) qui lui facilite quelque peu la tâche. Pour la personne qui découvrait El Guincho lors de ce concert à Benicassim, la prestation s’est probablement soldée par une fin de non-recevoir. Les autres se sont quant à eux laissés porter par les rythmiques tribales et hallucinées, toutefois conscients qu’il reste à El Guincho du chemin à parcourir pour devenir la vraie bête de scène qu’il pourrait être s’il maîtrisait davantage son sujet.
Jeff
Fujiya & Miyagi
Vodafone FIB Club / 22.00 – 23.00
Persuadé que le set des Babyshambles serait annulé pour cause d’arrestation par la Guardia Civil/d’overdose/de cuite monstrueuse/de manque d’envie (biffez la mention inutile), et ratant par la même occasion le magnifique "Buongiorno Espana" lancé à la foule par un Pete Doherty démontrant par là toute sa maîtrise des langues étrangères, c’est repu et désaltéré que je prends la direction de la scène Vodafone pour assister à la prestation de Fujiya & Miyagi, qui avait été une véritable révélation lors du dernier Pukkelpop. Malheureusement, dès que Matt Hainsby balance les premières notes de "Ankle Injuries" sur sa basse, on se dit que ça joue incroyablement bas et/ou que le public, pourtant pas des plus nombreux, parle incroyablement fort. De plus, le groupe, maintenant devenu un quatuor, ne semble pas vraiment dans son assiette et balance à la va-vite sa set list, sans véritable énergie, les temps morts entre les chansons semblant interminables. Même le visuel, pourtant particulièrement réussi (et proche de l’imagerie que l’on retrouve dans les clips de F&M, avec des images très 80’s de Pac-Man et de dominos pixellisés) ne parvient pas à me sortir de la torpeur dans laquelle je viens d’être plongé. Et au bout d’une demi-heure, je renonce avec un sentiment de gâchis, mais en me disant que cette déception me permettra d’obtenir une bonne place pour assister au très attendu concert de Hot Chip!
Laurent
Hot Chip
Fiberfib.com / 23.00 – 00.00
Le chapiteau Fiberfib étant déjà plein à craquer bien avant le début du concert de Hot Chip, zapper la fin de Fujiya & Miyagi, histoire de retrouver son compère, de s’hydrater et d’être bien placé, était une riche idée. Et dès que les Londoniens montent sur scène et entament les premières notes de "Shake a Fist", puis de "Boy from School", on se dit qu’on va passer une heure mouvementée car c’est tout le chapiteau qui commence à sauter et à reprendre tous les titres à l’unisson. Au bout d’un quart d’heure à peine, la chaleur est déjà intenable et on ne compte plus les garçons torse nu et les filles ayant abandonné tout bout de tissu devenu inutile.
C’est à cet instant que, frappé par un besoin aussi pressant que subit, mon compagnon d’aventure est contraint de m’abandonner. Le temps pour lui de sortir péniblement du chapiteau et voilà les 5 nerds anglais qui balancent "Over and Over", entraînant une espèce de délire collectif. Ca saute, ça chante et ça danse dans tous les sens et un regard vers l’arrière indique qu’on retrouve des spectateurs bien au-delà des limites du chapiteau, et que dans celui-ci, quelques intrépides ont décidé de grimper dans les deux arbres plantés là, à la recherche d’un peu d’air frais. Car pour le reste des mortels, le set imparable de Hot Chip fait de plus en plus de victimes parmi ceux qui ont voulu s’aventurer dans les premiers rangs… et même plus loin, les personnes plus petites commencent à se sentir oppressées et demandent à leurs voisins de plus grande taille la permission de passer quelques instants sur leurs épaules histoire de se refaire une santé. Ce qui aura valu à votre serviteur de se retrouver avec, autour du cou, une Anglaise plus très fraiche et dont la dernière épilation remontait à plusieurs jours déjà.
Pendant ce temps-là, sur scène, les membres du groupe semblent heureux de l’effet produit sur la foule et enchaînent les titres "Bendable Poseable", "Out at the Pictures", "Made in the Dark" (enfin un peu de répit), tout y passe. Alexis Taylor saute de manière assez comique avec ses maracas en main, et Joe Goddard se déhanche toujours autant, faisant penser à un Baloo sous acid. Mais si "Over and Over" avait déjà mis nos organismes à rude épreuve, ce n’est rien comparé à ce qui survient lorsque Hot Chip envoie "Ready For The Floor", qui déclenchera, selon les propos d’un observateur avisé placé quelque peu en retrait "la troisième guerre mondiale". Au bout d’une heure et après cet ultime coup de grâce, les cinq Londoniens décident de nous abandonner à notre triste sort avec une reprise du "Nothing Compares to You" de Sinead O’Conor. Le public quitte ensuite le chapiteau après y avoir laissé sa voix et quelques litres de sueur, mais conscient d’avoir assisté à l’un des meilleurs moments de ce FIB 2008. Et d’y avoir contribué aussi, car l’enthousiasme du public est pour beaucoup dans ce concert finalement très proche dans la forme de celui (très réussi lui aussi) donné au Botanique de Bruxelles quelques semaines plus tôt, mais qui avait laissé une impression beaucoup moins marquante. En tout cas, si c’est ça l’Apocalypse, on est prêts pour le Jugement dernier !!
Laurent

My Bloody Valentine
Escenario Verde / 23.50-01.00
C’est une équipe de trois rédacteurs que nous avons dépêchée à Benicassim, et pourtant, impossible de trouver parmi eux un fan indécrottable de My Bloody Valentine. Tête d’affiche incontestable de ce festival aux côtés de Leonard Cohen, le groupe récemment reformé (quoiqu’il dit ne s’être jamais vraiment séparé) revient après une absence longue de 15 ans et a déclenché chez ses nombreux fans une euphorie comparable à la reformation (toute pourrie) des Pixies. Personnellement, si j’aime un nombre incalculable de groupes chez qui on décèle sans le moindre problème l’influence de MBV, la discographie du groupe m'a toujours laissé de marbre. Ceci dit, c'est avec l'espoir de vivre une expérience cathartique que je zappe le concert de Spiritualized, pourtant excellent quelques jours plus tôt aux Ardentes, pour me rendre devant une grande scène bien garnie. Minuit pétante, le groupe débarque. Enfin, parler de groupe dans le cas de My Bloody Valentine est quelque peu exagéré. On a plutôt l'impression que quatre entités distinctes réunies par un amour inconsidéré pour le bruit ont pris place sur scène pour exécuter sans broncher leur part du travail : pas un mot, pas un sourire complice, pas un regard ne sera échangé. Ceci dit, les fans ne sont pas vraiment venus pour cela, mais plutôt pour entendre le groupe interpréter les odes à la distorsion et au boucan qui ont fait de Kevin Shields et ses ouailles l’un des groupes les plus marquants de la décennie précédente. Et à ce petit jeu, le public espagnol va en prendre plein les oreilles soixante minutes durant et ce, malgré une première moitié de concert légèrement poussive (il faudra attendre le magnifique "I Only Said" pour que commencent les choses sérieuses) et des voix purement et simplement inaudibles. Terminant sur un final apocalyptique à vous retourner les viscères, le groupe s’en va comme il s’en est venu : sans un mot, mais avec le sentiment du devoir accompli. Les fans ont adoré. Quant à moi, ce n'est pas ce concert qui me fera changer d’avis au sujet du groupe.
Jeff

Roisin Murphy
Escenario Verde / 01.30-02.30
C’est sur une scène exclusivement masculine que la belle Roisin Murphy fait son apparition au festival de Benicassim. Devant une horde de spectateurs sortant à peine du concert exigeant au possible de My Bloody Valentine, la rescapée du groupe Moloko pouvait présenter son dernier opus (Overpowered) en toute sérénité. La scène plongée dans le noir, il est 01h30 lorsque les choristes commencent en l’absence d’une Roisin qui n’arrivera qu’une poignée de minutes plus tard. Dès ses premiers pas, la starlette nous fait comprendre qu’elle sera la seule et unique lumière de cette nuit : dans une combinaison d’argent, l’Irlandaise s’élance comme provenant directement du futur. Pendant une bonne heure de concert, la belle jouera à ce jeu d’effeuillage progressif devant ses milliers de spectateurs tout acquis à sa cause. On pourrait alors imaginer une musique avant-gardiste qui viendrait se marier aux décors futuristes, malheureusement, il n’en est rien. Roisin se contente de présenter son album sans en changer une note et les touches disco electro pop version 80’ accusent un peu le coup sur cette scène pourtant bel et bien magnifique. On s’en désole et s’en lasse à la longue, car après quelques essayages, le défilé de mode devient pénible. Toutefois l’allure du concert a suffi à nous amuser un temps, et c’est à un Mika aussi extravagant que la scène de fin que reviendra la tâche de véritablement marquer cette soirée. Peut mieux faire.
Simon
Chromatics
Vodafone FIB Club / 02.30-03.30
On a beau être arrivé relativement tard sur le site, avoir tenté de gérer cette journée du vendredi comme on attaque une étape de montagne, c’est-à-dire sans se griller dès les premiers lacets, il n’en reste pas moins qu’au moment où les Chromatics montent sur scène devant un public des plus clairsemés (la faute à Mika et Erol Alkan programmés en même temps), notre équipe n’en mène déjà plus très large. On pourrait alors penser que les basses lancinantes des Américains allaient sonner le glas de nos ambitions du jour. Il n’en fut cependant rien. Certes, leur mélange de new wave et de disco synthétique n’est pas le remède idéal contre la fringale, mais il cache toutefois un énorme pouvoir de séduction, un peu à l’image de son interprète principale dont il suffit de suivre le pas de danse répétitif pour être pris au jeu. S’ouvrent alors les portes d’un monde où la froideur glaciale des ambiances est atténuée par le chant lascif et envoûtant d’une Ruth Radalet qu'on a bien du mal à quitter du regard. L’air de rien et dans la plus grande indifférence, le groupe a livré un concert impeccable, de ceux qui vous laissent un sourire hébété sur la tronche et une envie tenace de le revoir au plus vite.
Jeff

The Glimmers
Fiberfib.com / 04.00-06.00
Alors que pendant ce temps-là, en Belgique, le monde politique n’en finissait plus de s’étriper sur des problèmes dont le citoyen lambda n’a finalement que faire, mettant à mal l’unité d’un pays qui n’a vraiment pas besoin de ça, les deux Gantois des Glimmers, eux, restaient fidèles à une politique lancée il y a de cela une vingtaine d’années : party, party, party. Face à un public qu'Erol Alkan avait pris soin de mettre sur les rails pour le reste de la nuit avec un de ces sets dont il a le secret, les deux Belges n'ont pas vraiment dû forcer leur talent pour foutre un souk pas possible dans une tente Fiberfib.com encore copieusement garnie malgré l’heure. Accueilli dans la tente par le tube « Why Not ? » des Teutons de Alter Ego, le décor était donc planté. S’en sont suivies deux heures absolument délirantes, faites d'électro, de new wave et de moments finalement très... rock'n'roll.
Jeff
Photos: Archivo FIB / François Ollivier, Oscar Tejada, Liberto Peiro, Natalie Paco
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The Ting Tings
Fiberfib.com / 18.40-19.30
Le soleil brille encore à l’heure d’arriver sur le site en ce troisième jour de festival. Il faut dire qu’on a décidé d’arriver tôt, histoire d’assister au concert des Ting Tings, une des dernières hypes (avant la prochaine) de la presse musicale anglaise. Et apparemment, on est pas les seuls à avoir eu cette idée vu le nombre de festivaliers (principalement anglais comme vous l'avez sans doute deviné) déjà présents sous le chapiteau à cette heure précoce. Verdict ? Eh bien il faut avouer qu’à part sur quelques titres comme "Great DJ" (balancé en début de set et causant quelques bouffées de chaleur dans le public) et "That’s not my name", les personnes présentes auront rarement eu l’occasion de s’esbaudir pendant les cinquante minutes dont disposaient Jules de Martino et Katie White pour nous convaincre. Cette dernière a bien pris quelques poses aguicheuses, histoire de faire monter en flèche le taux de testostérone des festivaliers britanniques, mais ce ne sera pas suffisant pour nous faire passer plus qu’un moment sympathique en ouverture. En fait, on se dit que les Ting Tings sont à leur place à cet endroit de l’affiche et que tout le raffut fait autour du duo montre une fois de plus le pouvoir de cette presse musicale britannique qui fait et défait les groupes dont elle doit parler pour remplir ses pages et amener ses lecteurs à délier les cordons de leur bourse.
Laurent

Heavy Trash
Fiberfib.com / 20.00-21.00
Pour cause d’arrivée tardive sur le site, c’est avec 30 minutes de retard que débute le concert d’Heavy Trash, la dernière incarnation en date de Jon Spencer, accompagné pour le coup de son ami de longue date Matt Vera-Ray. Pour ne pas chambouler les horaires si tôt dans la journée, c’est donc un concert tronqué de 20 minutes que le groupe se voit obligé de livrer dans une salle désertée par les hordes d’Anglais qui n’avaient pas voulu manquer une miette du concert des Ting Tings quelques dizaines de minutes plus tôt dans la même salle. Face à un telle situation, les gars d’Heavy Trash comprennent rapidement qu’il n’y aura pas de place pour le traditionnel round d’observation et décident donc de jeter d’entrée de jeu toutes leurs forces dans la bataille. Le pari est payant : même si on sent le groupe un peu froid, il ne ménage pas ses efforts pour distiller avec beaucoup d’enthousiasme son rockabilly pur souche, ce qui n'est pas pour déplaire au public qui embraye au quart de tour. Le concert est d'autant plus plaisant que Jon Spencer est dans une forme olympique, haranguant la foule avec cette voix grave qui, jadis, vantait les mérites d’un blues salace aux quatre coins du globe. Tout au long des quarante minutes de ce concert malheureusement trop court, les deux albums du groupe (soit dit en passant recommandables) y passent dans une ambiance bon enfant, idéale en ce début de journée.
Jeff
My Morning Jacket
Escenario Verde / 22.30-23.30
A en croire les chroniques dithyrambiques qui ont alimenté les blogs américains au lendemain du concert donné par My Morning Jacket au festival US de Bonnaroo, Jim James tient la forme de sa vie. Jugez plutôt : un concert d'anthologie de presque 4 heures, relevé par la présence d'invités prestigieux (dont Kirk Hammett) et pimenté par de nombreuses reprises (James Brown, Kool & The Gang, Velvet Underground) venues émailler une setlist riche de 35 morceaux. Malheureusement, pour la date espagnole de leur tournée, le groupe américain ne dispose que de soixante minutes pour défendre son dernier opus, Evil Urges, et nous régaler de quelques classiques. A la question de savoir si Jim James a toujours cette pêche d'enfer, la réponse est oui. Et la bonne nouvelle, c’est que celle-ci est communicative. Encore plus impressionnant qu’il y a deux ans au Pukkelpop, My Morning Jacket est une ahurissante machine de guerre écrasant tout sur son passage et répondant avec diligence aux ordres de Jim James. Véritable pile électrique qui décharge son trop-plein d'énergie sur sa guitare électrique, le chanteur américain et son groupe livrent une prestation éclatante à Benicassim, piochant dans leurs deux dernières réalisations, le controversé Z et le petit dernier, plus classique (et pas mal décrié), Evil Urges. Puisant son inspiration dans un rock américain plutôt standard, My Morning Jacket est parvenu, à force d'expérimentations et d'abnégation, à produire une musique aussi puissante qu'envoûtante - cette dernière propriété étant renforcée par la voix haute perchée de Jim James. Et si le groupe fait preuve d'enormément de technicité sur album, il arrive à y ajouter sur scène une forte dose d'énergie qui transforme le groupe en une bombe à retardement explosant au rythme des riffs assassins, des solos héroïques et des cabrioles vocales de Jim James. Enorme.
Jeff

Booka Shade
Fiberfib.com / 00.30-01.30
Décidemment, impossible de faire un pas en festival sans tomber sur les deux Allemands de Booka Shade. Cette fois, c'est sur le site de Benicassim qu’il nous sera donné de (re)voir le duo pour une bonne heure de tech-house bien grasse. Ceux (et ils sont nombreux depuis quelques années) ayant déjà assisté aux prestations des Berlinois savent qu’il n’y a rien à attendre d’eux qu’un set rôdé à la perfection, une machine inexorablement lancée sur le chemin de la défonce auditive. Comme à l’habitude aussi, rien ne dépasse des bases établies dès le début par le duo, on pourrait donc le leur reprocher de manière accusatrice mais le résultat final atteint pleinement son objectif. La foule crie, saute et danse interminablement sans poser plus de questions. Un show qui prend évidemment une ampleur autre que celui presté quelques jours plus tôt aux Ardentes, le climat espagnol y étant pour beaucoup, sans compter sur la présence massive de ces Anglais capables à eux seuls de vous transformer une curie romaine en rave-party incendiaire en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pas déçu donc par ce nouveau rendez-vous posé par les Berlinois, qui se contentent simplement d’être au niveau, assurant un minimum ma foi déjà bien relevé.
Simon
Photos : Archivo FIB / François Ollivier, Oscar Tejada, Liberto Peiro, Natalie Paco
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The National
Fiberfib.com / 18.40 - 19.30
Je ne le savais pas encore, mais alors que je suais à grosses gouttes devant le concert de The National, une gentille pneumonie mettait sans dessus dessous mon système immunitaire affaibli par les 17 heures de bagnole pour descendre en Espagne, l’air co à gogo et les excès en tous genres de ces trois dernières nuits. Bref, ajoutez à cela la moiteur intenable régnant dans la tente Fiberfib.com et vous comprendrez que ce concert fut une expérience éprouvante pour votre serviteur – comme pour le groupe d’ailleurs. Eprouvante, certes, mais également agréable. Déjà impressionnant de noirceur et de profondeur sur disque, le groupe américain sait également faire preuve d’un impressionnant charisme sur scène. Véritable force tranquille alternant ballades apaisées et moments d'intense tension (ou mélangeant les deux comme sur l’auguste « Fake Empire »), The National démontre avec beaucoup d’aisance que les nombreuses concerts donnés ces derniers mois lui ont permis de donner toute leur dimension aux morceaux complexes du magnifique Boxer. Il eut été dommage qu’il en soit autrement.
Jeff

Leonard Cohen
Escenario Verde / 20.00 – 21.00
Si généralement, à Benicassim, les têtes d’affiche montent sur scène entre minuit et trois heures du matin, il n’en fut rien pour Leonard Cohen. Il faut dire qu’à bientôt 75 piges, l’homme n’est plus du genre à siffler des bières avec les mecs de Justice en attendant le moment fatidique. Par ailleurs, vu les milliers de quinquagénaires ayant acheté leur billet d’un jour dans le seul et unique but d’assister au concert de la légende canadienne, il eut été mal venu de les faire jouer les pieds de grue aux premiers rangs des heures durant. C’est donc face à un magnifique soleil couchant et sous un évident tonnerre d’applaudissements qu’apparaît Leonard Cohen à 20 heures pétantes pour aussitôt entamer l’un des plus beaux titres de son répertoire, « Dance Me to the End of Love ». Malgré le poids des ans, l’homme est fringant et réactif, toujours aussi prompt à jouer avec son public. Qui plus est, et c’est probablement ce qui importe le plus, sa voix est toujours aussi belle. Pendant soixante minutes bien trop courtes, Leonard Cohen va ainsi bercer de sa sombre voix un public conquis, le régalant de quelques un de ses plus grands succès, dont « Everybody Knows », « Hallellujah » ou encore « So Long Marianne ». Evidemment, au regard de la carrière de l’homme, les soixante minutes qui lui étaient accordées étaient largement insuffisantes. Ceci étant, quel plaisir de voir cette légende vivante sincèrement émue par la générosité d’un public qui n'a pas ménagé ses efforts pour lui témoigner toute une admiration cent fois méritée.
Jeff
Calvin Harris
Fiberfib.com / 21.30 – 22.30
Sur la scène Fiberfib, les programmateurs nous offraient un beau petit triptyque pour conclure notre festival, avec un enchaînement Calvin Harris – Justice – Supermayer avant de laisser les irréductibles se démener jusqu’au bout de la nuit et de prendre un peu de repos bien mérité. Et comme lors de la bataille de Fontenoy, ce furent les Anglais (ou plutôt un Ecossais et ses acolytes) qui tirèrent les premiers. Bien décidé à ne pas se retrouver au même endroit que lors du concert de Hot Chip deux jours plus tôt, c’est d’un peu plus loin que je verrai Calvin Harris débouler sur scène. Et on le voit de suite, le bougre joue devant un public acquis à sa cause et le lui rend bien. Calvin crie, saute dans tous les sens et se roule par terre à la moindre occasion. Même sans être un fan absolu de I Created Disco, et alors que les organismes commencent à être particulièrement émoussés (c’est d’ailleurs sur ce concert qu’un des rédacteurs de Liab rendra définitivement l’âme, vaincu par les streptocoques, mais personne ne lui en tiendra rigueur, tant sur un festival de 4 jours, chacun de nous a connu un jour sans !), il est facile de se prendre au jeu. Les morceaux sont particulièrement dansants et les titres les plus connus que sont "Merrymaking at my Place" ou "Acceptable in the 80’s" déclenchent des scènes proches de l’hystérie chez ces anglais (et surtout ces anglaises) à l’épiderme marqué par 4 jours passés sous un soleil auquel il ne sont pas habitués sous leurs latitudes. Belle réussite donc que ce concert de Calvin Harris, bien aidé il est vrai par le quatuor (guitare, basse, batterie, clavier) l’accompagnant sur scène. L’Ecossais terminera son heure par un beau souk en concluant sa prestation par "Girls", repris en chœur par tout le public. Il ne manque maintenant plus au natif de Dumfries qu’un deuxième album comportant lui aussi quelques bombes, histoire de pouvoir se débarrasser des morceaux plus faibles qui débouchent encore sur quelques lenteurs.
Jeff

Justice
Fiberfib.com / 23.00-00.00
Ah, qu’il est bien loin le temps où Xavier de Rosnay et Gaspard Augé venaient mixer (pas trop bien d’ailleurs) devant quelques centaines de personnes dans une obscure salle bruxelloise. Aujourd’hui, c’est en véritable tête d’affiche de la scène Fiberfib.com que les deux français viennent présenter les morceaux de leur album devant un chapiteau plein à craquer.
Comme c’est devenu une habitude depuis le début de sa tournée, c’est derrière 18 amplis Marshall que le duo entre en scène. Et dès les premières notes de "Genesis", c’est le bordel complet et la sauce prend plus facilement encore que la mayonnaise servie sur les frites dans un festival belge. Le public prend apparemment son pied et attendait Justice de pied ferme : on ne compte plus les croix, bricolées à la hâte ou un peu plus sophistiquées. Mais si l’on analyse tout cela d’un peu plus près, que reste-t-il finalement ? Et bien Justice remplit sa fonction comme il se doit et les festivaliers apprécient, cela ne fait aucun doute. Certains morceaux de l’album sont retravaillés (les violons de "Stress", un "D.A.N.C.E." à la sauce Rondo Veneziano qui se durcit par la suite,…) et le format d’une heure adopté dans les festivals leur convient beaucoup mieux qu’un concert en salle lors duquel tout est un peu tiré en longueur pour donner au public l’impression (fausse) qu’il en a pour ses 20 euros. Mais à l’heure où beaucoup attendent l’album de Sebastian en se demandant s’il s’agira du chant du cygne ou d’un certain renouveau du style Ed Banger, on ne peut s’empêcher de penser que les deux Parisiens usent (et abusent) de leurs ficelles que sont les paroles de l’hymne "Never Be Alone" (entendues au moins trois fois en une heure) et les sirène sauce Klaxons.
Mais le public n’a cure de toutes ces considérations et il en redemande, réservant une véritable ovation aux Frenchies lorsqu’ils leur lancent un salut romain au terme de "Waters of Nazareth" ou qu’ils se jettent à genou en conclusion d'une prestation ponctuée par un "Phantom Pt 2" qui laissera la foule en délire. En fait, même si ce n’est pas fin pour un sou et malgré les quelques doutes émis plus haut, Justice reste diablement efficace lorsqu’il s’agit de faire bouger les festivaliers, et finalement, on n'en attendait pas plus (mais pas moins non plus) des protégés de Pedro Winter.
Laurent
Supermayer
Fiberfib.com / 02.00-03.00
La présence de Supermayer à Benicassim constituait en soi un petit événement dans la mesure où le duo n’est pas fort friand des représentations à gogo. L’occasion était donc trop belle pour la manquer et c’est le cœur léger que je m'installe aux avant-postes du chapiteau pour suivre cette prestation à venir. Déçu au premier abord de constater l’absence d’un « big band » qui à mon avis aurait mieux servi la conception de leur premier album (qui cède volontiers ça et là à des tendances plus organiques), je retrouve finalement le sourire au vu de l’agencement général de ce live endiablé. Car Superpitcher et Michael Mayer ne savent décidemment pas choisir leur camp : hésitant de manière permanente entre des interprétations de l’album et une configuration plus classique au dj set, les allemands créent un hybride au potentiel énorme. La progression est donc au top avec un équilibre savant de bombes minimal exogènes à la formation et de réécritures raffinées de leurs propres compositions. Rapidement, la foule initialement dispersée se regroupera au centre du chapiteau et ne cessera de grandir jusqu’à atteindre une taille au-delà de l’acceptable. Magnifique travail pour un groupe qui, malgré sa qualité indéniable, n’a pas encore la renommée propre à un Justice pour rameuter sans distinction les connaisseurs comme les novices, les plus vieux comme les plus jeunes. Finalement bien aidés par un visuel quatre étoiles, Supermayer assure le fond comme la forme pour faire de ce concert un des meilleurs du festival.
Simon
Photos : Archivo FIB / François Ollivier, Oscar Tejada, Liberto Peiro, Natalie Paco