Concert

Les Ardentes

Liège, Parc Astrid , le 9 juillet 2009
par Jeff , le 17 juillet 2009

Les Ardentes ont un gros point fort: leur convivialité. En effet, rares sont les festivals de la taille de l'évènement liégeois qui se passent dans une ambiance aussi détendue, chaleureuse et bon enfant. Les Liégeois vous répondront que c'est dans leur nature, et que c'est probablement ce qui fait d'eux une race si attachante. Mais les Ardentes ont également un très gros point faible: leur convivialité. En effet, au fil des éditions, le festival s'est imposé dans le coeur des Liégeois comme un évènement mondain comme un autre, où ils se rendent également en masse pour y boire jusqu'à plus soif et converser à l'envi des derniers ragots. Et si par le passé cet état de fait n'était pas gênant, le public qui s'est rendu cette année aux Ardentes pour y profiter de la musique comme il le ferait à Dour ou au Pukkelpop n'a pas vraiment été gâté par les hordes de gens qui se sont rendus cette année au Parc Astrid pour y boire jusqu'à plus soif, converser à l'envi des derniers ragots et considérer le fait que d'excellents artistes se produisent sur une scène comme un détail - ce qui a notamment déteint sur la qualité de la prestation de certains d'entre eux.

Et tant qu'on en est à parler bémols, l'équipe de GMD se doit de critiquer cette tradition désormais habituelle pour bon nombre de festivals de taille qui consiste à étendre la programmation sur quatre loooooongues journées, là où trois jours étaient encore la norme il y a quelques années. Parce qu'hormis les détenteurs d'un ticket d'une journée, les heureux propriétaires d'un pass 4 jours sont souvent réduits à l'état de loques humaines malodorantes à l'entame de la quatrième journée, incapables de profiter dignement de l'évènement. D'ailleurs, tandis qu'une moitié de l'équipe GMD abdiquait le samedi matin aux alentours des 6 heures du mat', assomé par le dubstep percutant de Benga et Skream, l'autre s'est elle vue dans l'incapacité d'assister aux prestations pourtant très attendues des têtes d'affiche du dimanche soir, Ghinzu et Supergrass, pour cause de fatigue insurmontable.

Ceci étant, hormis ces détails pour le moins gênants dont l'équipe organisatrice se devrait de tenir compte à l'avenir tant ils reflètent les préoccupations d'une frange conséquente du public, il convient de la féliciter pour son organisation que l'on hésitera pas à qualifier de sans faille: organisation parfaite du site, accès aux salles et à la Grande Scène jamais encombrés, chiottes propres (pour un festival hein), son plus qu'honnête (même dans ces énormes caisses de résonnance que sont le HF6 et l'Aquarium) ou boustifaille toujours aussi savoureuse. Certes, l'affiche était moins alléchante que l'année dernière, et les annulations de taille se sont succédées à quelques heures à peine de l'ouverture des portes (Lauryn Hill, Lil' Wayne et Joey Starr), voire pendant le festival (Stuck in the Sound), mais cela ne voulait pas pour autant dire qu'il ne restait plus le moindre nom susceptible d'éveiller notre curiosité et de titiller nos sens à l'affiche de cette quatrième édition des Ardentes que nous allons tenter de vous décortiquer.

Jeff & Simon

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Metronomy
Jour 1 / HF6 / 21.30 – 22.30

Les gars de Metronomy aiment la Belgique et ils ne manquent pas de le rappeler à leur public à chacune de leurs incursions sur le territoire. Et si à ce stade des débats, le fan de base connaît son Nights Out sur le bout des doigts et a eu l’opportunité de voir la bande à Joseph Mount au moins quatre fois en douze mois, le véritable intérêt de cette prestation résidait dans le nouveau line-up du groupe (l’ajout d’un batteur et d’un bassiste suite au départ du claviériste Gabriel Stebbing), testé aux Nuits Bota il y a quelques semaines et découvert par votre serviteur aux Ardentes. Les échos de la prestation du groupe au festival bruxellois étaient assez mitigées, parlant d’une formule à perfectionner. Et à en juger par la prestation liégeoise de Metronomy ce jeudi, la période de rodage va encore devoir se poursuivre avant que l’on puisse vraiment parler d’une réussite à la hauteur du disque à défendre. Parce qu’à l’heure d’aujourd’hui, si on ne peut critiquer l’ajout d’un batteur qui donne aux compositions de Mount une pêche indéniable et rapproche un peu plus encore le groupe de la sphère du rock, on se doit d'émettre quelques doutes quant au choix du bassiste, un croisement maladroit entre Grace Jones et Carl Lewis qui a passé le concert à courir derrière le groupe, se permettant même le luxe de massacrer quelques morceaux. Un groupe en sursis donc…

Mogwai
Jour 1 / HF6 / 23.00-00.00

Voilà encore une bien belle pépite que nous ont dégoté les organisateurs des Ardentes, pour un public qui ne s’attendait peut-être pas à se prendre une telle claque, là tout de suite. Opter pour Mogwai en festival est l’assurance d’un choix singulier, une occasion de faire saigner ses tympans de manière élégante plutôt que d’aller cuver une bière de plus au bar au son d’un groupe qui vous est largement indifférent. Car de l’attention il en a fallu pour percer ces murs de distorsion, en capter les nuances infinies tout en appréciant le jeu de scène des cinq Ecossais abusant largement des retours pour faire hurler le son. En effet, la musique de Mogwai ne joue jamais les filles faciles et aime qu’on la contemple de haut en bas pour se délecter de ses formes abruptes et rugueuses, jusqu’à en oublier finalement sa propre raison et craquer à prendre le son brut de décoffrage, dans les dents, juste pour le plaisir du plaisir. Et si la salle, très largement remplie, comptait parmi ses premiers rangs des fans de la première heure, il ne fait aucun doute qu’une large partie de l’auditorat prenait là sa première branlée signée Mogwai ; preuve à nouveau que le post rock, joué à ce niveau de maestria, possède cette vocation universelle, qui vous fait lever les bras et pleurer les oreilles au son d’une même décharge de guitare.

Emiliana Torrini
Jour 1 / Parc / 23.45-01.00

Renfort de dernière minute censé pallier la défection de l’instable diva Lauryn Hill, la craquante Emiliana Torrini avait la lourde tâche de clôturer cette première journée des Ardentes sur la grande scène. "This is the first time we're headlining anything" nous balance ainsi la frêle Islandaise d'entrée de jeu, comme pour mieux faire baisser la pression. Pourtant, peut-être stressée par l'enjeu ou malmenée par l'accueil très poli d'un public liégeois plus enclin à tailler le bout de gras en sirotant une chope qu'à écouter religieusement le folk aussi délicat que léché de la belle, Emiliana Torrini a livré une prestation en demi-teinte, là où ses récents passages bruxellois ou parisiens nous avaient laissés un excellent souvenir, celui d’une artiste ultra talentueuse et toujours encline à installer une véritable complicité avec son public grâce à ses vannes à trois balles sur son groupe, ses fringues ou sa vie. Ce jeudi, le public des Ardentes a malheureusement dû se contenter du minimum syndical, malgré quelques excellentes interprétations de ses deux indispensables derniers albums, The Fisherman’s Woman et Me & Armini.

Grandmaster Flash
Jour 1 / HF6 / 00.30-02.30

Quelque part, dans les bacs d’un disquaire pas trop loin de chez vous, on trouve une quadruple compilation qui doit probablement s’intituler « Hip Hop’s Greatest Bangers » ou « The Biggest Rap Anthems of All Time ». Un truc complètement scandaleux, sans la moindre surprise, mais capable de vous faire danser sur votre tête en quelques minutes à peine. Et cette vieille canaille de Grandmaster Flash possède plus que probablement cette magnifique compilation, elle qui constitue la base inaltérable de son DJ set. Si je ne ferai pas l’affront d’expliquer qui est Grandmaster Flash à nos lecteurs férus de hip hop, que les autres sachent quand même qu’avec « The Message » et son refrain mythique ‘It's like a jungle sometimes, it makes me wonder how I keep from going under’, ce natif de la Barbade a été élevé au rang de légende dans le milieu. Et si Grandmaster Flash continue de produire des disques dont tout le monde ou presque se fout pour le réputé label Strut Records, notamment responsable des indispensables compilations Disco Not Disco, il est difficile de rester indifférent face à l’avalanche de tubes balancées par le producteur de NYC ce jeudi, évidemment ponctuée par un hommage appuyé à Michael Jackson et entrecoupée de passages rock un brin pompiers. En un peu moins de deux heures, ce n’est ni plus ni moins que l’histoire du hip hop qui a été récitée sur le bout des doigts par un mec qui maîtrise son sujet comme personne. Du « Slam » de ONYX au « What’s My Name ? » de Snoop Dogg en passant par les plus grands tubes de Dr Dre, M.O.P., Cypress Hill ou A Tribe Called Quest, Grandmaster Flash a fait vivre a un HF6 passablement bondé et humide comme le slip d'une adolescente devant une photo de Zack Efron son premier moment de folie furieuse. Purement et simplement joussif.

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The Rakes
Jour 2 / Parc / 18.00-19.00

Si les Rakes avaient pas mal fait parler d’eux avec la sortie du très bon Capture/Release en 2005, bien aidés il faut dire par l’utilisation du titre « Open Book » dans une pub CanalSat, leur carrière a depuis sombré dans un certain anonymat, la presse ne parlant que trop peu des deux derniers albums du groupe, le plutôt calme Ten New Messages et leur petit dernier, le survolté Klang, qu’il venait justement présenter en Belgique aux Ardentes. Emmené par un Alan Donohoe pour le moins imbibé mais complètement habité, le groupe a sans trop forcer son talent justifié son statut d’élément indispensable de l’arrière-garde du rock britannique et a surtout démontré que outre « Strasbourg » et « Open Book », il a encore un sacré paquet de bombes post punk sous le coude. Les soixante minutes passées en compagnie du groupe nous ont également permis de nous rendre compte combien depuis le début de leur carrière les Rakes n’ont pas évolué – et ce n’est pas leur déménagement à Berlin pour y enregistrer Klang! qui y a changé quelque chose. N’empêche, à cette heure de la journée, il n’y avait pas meilleure mise en bouche...

!!! (chk chk chk)
Jour 2 / Parc / 19.30-20.30

Le choix fut difficile, très difficile, entre les Américains de !!! et les belges des Disko Drunkards. Les derniers nommés étant déjà programmés au Pukkelpop et les premiers cités s’étant octroyé un peu de temps libre en Europe pour venir y présenter quelques titres qui devraient figurer sur le successeur de Myth Takes, il fut décidé de passer une heure en compagnie d’un groupe qui, lors de son dernier passage aux Ardentes, avait déjà foutu un souk pas possible malgré une place bizarroïde dans la programmation (12h30) pour cause de remplacement en dernière minute des Dirty Pretty Things de Carl Barât. Désormais « réduits » à six membres suite au départ de la tornade blonde John Plough, !!! n'en reste pas moins une incroyable machine à groover, il faut dire bien aidée par les mouvements lascifs et un tantinet gay-friendly d’un Nic Offer qui ne ménage pas ses efforts pour que le public l'accompagne planer au dessus d'un énorme chaudron 'post funk' qui fleure bon les psychotropes en tous genres. Et s'il n'est pas toujours facile de se faire une idée précise de la musique du groupe tant il semble parfois exister un gouffre entre les versions studio et l'interprétation live, on peut quand même vous affirmer sans trop se tromper et à en juger pat la réaction d’un public extatique que le nouvel effort des Américains, qui devrait débarquer avant la fin de l’année, risque fort de rencontrer le même succès critique et commercial que son prédécesseur.

The Field
Jour 2 / Aquarium / 21.30-22.30

S’il y en a bien un dont la tâche a été rendue difficile, voire impossible, par la répartition des horaires, c’est bien lui. Lil Wayne, puis finalement Method Man & Redman, The Field devait ainsi se produire en même temps que la plus grosse tête d’affiche hip-hop sans pouvoir broncher. Pourtant on connaît la valeur musicale du Suédois, lui qui avec seulement deux albums (From Here We Go Sublime et Yesterday and Today) s’est largement imposé comme une valeur sûre au cœur de la nouvelle sphère techno : amoureuse et trippée. Comme annoncé par son nouvel album, c’est sans surprise que cette prestation live s’est vue joliment  accompagnée d’une batterie (avec un John Stanier absent derrière les fûts) et d’une guitare basse pour un récital plus organique qu’à l’accoutumée. Le résultat est sans appel, et si l’obscurité des lieux laisse transparaître une salle à moitié remplie, il n’en reste pas moins que cet amas de  nappes entremêlées résonne avec la force des grands : intense et profondément viscérale, les turpitudes d’un océan a priori si calme se déchaînent dans des élans psychédéliques de haute volée durant une heure bien remplie. On ne doute pas une seule seconde que le show assuré par les deux américains sur la grande scène valait le détour, mais derrière les « Pop Pop Pop Pop », « Bring It On Nigga » et autres éructations vivifiantes, n’oubliez jamais que du côté de The Field, les murs ont également tremblés.

Etienne de Crécy
Jour 2 / Parc / 01.30-02.30

Cador de la house pour certains, déchet hype rejeté par la mer pour d’autres, nul ne connaît vraiment la véritable identité actuelle d’Étienne de Crécy. En tout cas sin on devait trouver une bonne raison d’aller voir le vétéran français jouer les matous sur la grande scène, c’est très certainement pour la structure visuelle qui l’accompagne. Véritable trésor d’ingénierie, « Le Cube » est une merveille pour les yeux, réinventant l’art du veejaying comme il parvient à faire oublier la musique elle-même. Et ceci n’est pas un mal car s’il serait mesquin de cracher notre venin sur le Étienne de Crécy 2.0, il faudra malgré tout se résoudre à avouer que le set du français a tout du set electro lambda pour jeunots en plein climax auditif. Ce qui nous amène à penser ce cube comme une vitrine grandiose, qui justifie à lui seul (et lui seulement) la place du Français sur une main stage au bord de la rupture. Pas de quoi s’enthousiasmer outre mesure, pas de quoi lui jeter la pierre non plus. Au pire, il restera comme une expérience visuelle assez unique, chose assez rare chez les artistes étiquetés dancefloor.

Adam Beyer
Jour 2 / Aquarium / 04.00-06.00

Voilà encore un classique inaltérable. Déjà présent il y a deux ans de cela, Adam Beyer pouvait à nouveau ravir les indécrottables de la scène techno minimale, l’authentique, celle qui vous explose entre les mains toutes les deux mesures. On le sait, à l’heure du peak hour, toutes les cartes sont redistribuées et seuls les plus courageux auront droit à la rasade électronique. Adam le sait mieux que personne et s’exécute sans mal à distribuer un son dépouillé et rigide pour jouer en adéquation avec les oreilles restantes. Certains trouveront cette techno trop mécanique ou trop dirigiste, mais la précision du maître suffira une fois de plus à faire taire la critique. Car tout qui a déjà goûté à ce genre de tornade minimal techno sait qu’ici on ne rigole pas avec la musique électronique : le sujet est sérieux et les lignes de basses en sont le dernier porte-parole vivant. Alors quand une foule de zombies trouve encore assez de force pour suivre la cadence imposée par celui que certains qualifieront de légende, cela donne tout naturellement une messe musicale à la limite de l’occulte, balancée entre souffrance physique, éthylisme avancé et jouissance libertine. À l’aurore, le dancefloor ne ment pas : c’est soit l’hystérie, soit le retour au lit. Pour beaucoup ce soir là, l’oreiller était encore loin.

The Experimental Tropic Blues Band
Jour 3 / HF6 / 19.40-20.30

« Cette chanson est dédicacée à Michael Jackson, parce qu'en Belgique, on aime les violeurs d'enfants » Pour balancer ce genre de fulgurances, il fallait forcément s'appeler Dirty Wolf, aimer se trimballer à poil sur scène et faire partie de ce qui reste encore à l'heure actuelle l'un des groupes belges les plus sous-estimés, j'ai nommé The Experimental Tropic Blues Band. Groupe qui ne vit vraiment que lorsqu'il prend d'assaut une scène, le combo liégeois allie le meilleur des Cramps, des Sonics et de Bo Diddley à la puissance scénique d'un Jon Spencer surcoké et n'a pas son pareil pour plonger son public dans une transe alcoolisée, à un point tel qu'on se demande comment il se fait qu'il n'a pas encore tapé dans l'œil des gars de chez In The Red. A l'évidence, le groupe se fout de tout, à commencer par les modes et le qu'en-dira-t-on, et cela fait un bien fou dans un grand évènement comme les Ardentes où il est de bon ton de déambuler dans les allées affublé de sa plus belle casquette New Era ou de son Windrunner le plus scandaleux. Y’a pas à dire, on a tous en nous quelque chose de The Experimental Tropic Blues Band…

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Aeroplane
Jour 3 / Aquarium / 20.30-22.00

La Belgique électronique est un fumeux débat. Les frères Dewaele et leurs projets Soulwax/2 Many Dj’s peuvent sans souci faire figure de têtes pensantes de la bonne morale électronique, au point de reléguer le reste du plat pays dans une sorte de figuration fantasmée. Car les connaisseurs ne s’y tromperont pas : The Glimmers (dont le nouveau projet, Disko Drunkards, justifie à nouveau tous nos éloges) et maintenant Aeroplane sont des joyaux qu’aucun clubber belge ne peut ignorer. Aeroplane joue maintenant à  Ibiza, Londres ou encore à Benicassim, mais c’est aux Ardentes que les deux larbins ont décidé de déposer leur flycase pour un set d’avance réussi. Il sera ici question d’une house délicatement groovy, rehaussée d’une pincée d’italo-disco ou de balearic (en témoignent les remixes ensoleillés du « We Are The People » d’Empire Of The Sun ou du « Kilometer » de Sébastien Tellier), de guitares « funkoïdes » délurées et d’ambiances aussi chaudes que légères. Le set d’Aeroplane est une bulle hors du temps qui réinvente l’art de jouer et de danser la house sur un nuage et jamais l’oreille n’a autant dansé sans se voir agressée. Coup de maître.

Dj Mehdi
Jour 3 / Aquarium / 22.00-23.30

En matière de musiques électroniques, les chroniqueurs de Goûte Mes Disques ont depuis longtemps choisi leur camp : après avoir éprouvé toutes les soirées hype où le gros son fait mouche sans sourciller, il est un temps où les nappes qui tâchent n’ont plus vraiment le même effet sur les cœurs. Mais la simple évocation du nom de Dj Mehdi nous a poussé à retourner dans la cage aux lions, là où les casquettes New Era et les ensembles fluos pleuvent de partout. Peut-être en raison de son passé de producteur hip-hop, à coup sûr pour sa maîtrise infaillible de l’art du mix, nul ne pouvait renier l’arrivée du Français de chez Ed Banger aux Ardentes. Comme un rituel maintes fois répété, notre joyeuse bande a pris soin de laisser sa pudeur aux vestiaires pour se manger une large tranche de la désormais classique French Touch 2.0. Quelques bières plus tard, l’atmosphère est déjà bouillante et les avalanches de nappes saturées s’abattent sur une véritable marée humaine, indéfectible à l’appel de l’hédonisme sauvage. Appelez ça comme vous le voudrez, Dj Mehdi possède cette présence et ce talent qui font de lui un indispensable des soirées branchées, un métronome sachant jauger le bon du mauvais (goût) pour proposer à chaque rencontre un set furibard sans jamais peser ses auditeurs, déjà pas mal entamés faut-il préciser. À l’heure actuelle, c’est un luxe dont bien peu peuvent se prévaloir.

Kool Shen & Friends
Jour 3 /¨Parc / 23.45-01.15

Alors que bon nombre de festivals où se produisait NTM cet été avaient décidé de trouver un remplaçant à la hauteur du sulfureux duo, les Ardentes, à l'instar des Solidays, ont préféré opter pour la solution "Kool Shen & Friends", se disant peut-être, comme bon nombre de festivaliers, qu'hormis hurler un nombre incalculable de "Faites du bruit" sortis d'outre-tombe et faire un peu de pub pour son B.O.S.S., Joey Starr ne servait plus trop à grand-chose. Pourtant, c'était se tromper lourdement. Certes, il n'est jamais facile pour un artiste de "recomposer" un groupe pour pallier la défection d'un de ses piliers, mais après 1h15 à peine de concert, les avis étaient unanimes: cette prestation-là fut tout sauf mémorable. Evidemment, l'avalanche de tubes annoncée a bien eu lieu (« Pass le oinj' », « Mais qu'est-ce qu'on attend », « Seine Saint Denis Style » et j'en passe) et le flow d'un Kool Shen au regard pour le moins enfumé était plus affûté que jamais, mais cela n'a pas empêché le concert de stagner. Et il n'est pas bien difficile de trouver une raison à cette contre-performance de taille: il manquait d'un mec sapé n'importe comment, scandant des vers incompréhensibles et beuglant à tout va. Mais à la place de Joey Starr, il a fallu se coltiner des MC de seconde zone (Jeff Le Nerf ou Papa Lu) dont la présence scénique n'a évidemment rien à voir avec celle du Jaguar Gorgone. Heureusement que cette troupe, rejointe alors par l'ineffable Lord Kossity, a eu la bonne idée de clôturer son set par un "Ma Benz" complètement dantesque et qui a provoqué une véritable onde de choc dans le public liégeois. Pour le reste, on repassera…

Skream / Benga / Caspa
Jour 3 / HF6 / 01.30-06.00

Voilà maintenant quelques années que l’organisation des Ardentes fait preuve d’une imagination sans pareille pour fournir aux fidèles une affiche collant au plus près de l’actualité. S’il fallait faire les pointilleux, nous serions impitoyables en dénonçant un genre jusque là absent, je veux bien sur parler du dubstep. Pour certains, il allait s’agir d’un premier contact avec la nouvelle bass music anglaise, quoi de plus rassurant donc  que de se laisser aller aux sons des deux pionniers londoniens, ceux la même qui ont donné au genre ses premières lettres de noblesses véritables ? Et il faut dire qu’avec une salle déjà bouillante, grâce notamment au set très calorique de Caspa (tête pensante d’un son maximal avec son collègue Rusko), Benga et Skream n’ont pas manqué à l’appel pour nous proposer une sélection à la fois pointue et terriblement groovy, concentré du meilleur d’hier et d’aujourd’hui. Les plus connaisseurs auront reconnu dans la sélection les increvables Joker, Distance ou encore le remix tubesque de Skream pour la princesse de la pop anglaise La Roux (« In For The Kill »). Mais l’important est que tout le monde s’y retrouve en cette terre difficilement assiégeable qu’est la bonne vieille Europe, raison pour laquelle ce set s’est révélé comme une pluie de tubes inattendue, alors qu’il est de coutume de les voir jouer des sets d’inconnus, remplis à ras bord de dubplates à peine pressées. Step Up !

Peter, Björn & John
Jour 4 / Parc / 17.20-18.10

Pauvres Peter Morén, Björn Yttling et John Eriksson, contraints de se démener comme des beaux diables devant un public mou du gland accordant autant d'importance à leur musique qu'au 349e album de Frank Michael, et interrompant ses discussions pour lâcher un « Ah tiens je la connais celle-là » quand, après 55 minutes d'un concert pourtant agréable, le synthé balance le sample de ce sifflotement imparable qui a ouvert les portes de la notoriété aux Suédois. En même temps, on peut comprendre qu'une foule s'attendant à une heure de pop instantanée en soit légèrement pour ses frais, notamment lorsqu'il s'aventure à jeter une oreille aux compositions du petit dernier du groupe, Living Thing, album exigeant de pop torturée, percussive et minimaliste. Piochant ainsi principalement dans Living Thing et l'inévitable Writer's Block, Peter, Björn & John a surtout donné la désagréable impression que ce groupe-là n'est pas fait pour ce succès-là, et qu'il y gagnerait tellement à poursuivre dans cette voie exigeante sur laquelle il s'est engagé, quitte à se mettre les moins regardants de ses fans à dos. Restera alors une bande d'irréductibles acharnés, devant qui le groupe pourra livrer une prestation brillante dans une salle ou un chapiteau aux dimensions un peu plus humaines.

Sharko
Jour 4 / HF6 / 19.30-20.30

Sharko, considéré à tort comme le trublion de la scène belge à une époque où il conversait sur scène avec sa chaussette, est en réalité une vraie bête de scène accompagnée d'un groupe tout acquis à la cause d'un pop rock dont la simplicité n'a d'égal que l'efficacité. Et devant un HF6 plein à craquer, le groupe de David Bartholomé nous a une nouvelle fois prouvé qu'en quatre albums parfois inégaux (notamment le petit dernier, Dance on the Beast), il est quand même parvenu à accoucher de suffisamment de singles imparables (« Excellent », « Sweet Protection », « Rise Up », « Motels », « Spotlite », ...) pour rendre vertes de jalousie certaines formations américaines ou anglaises qui font les beaux jours de la presse et sur lesquelles se baballent un peu trop de bobos barbus convaincus que rien de bon ne se fait chez nous. Une fois ce constat dressé et le groupe à la hauteur de mes dires, il ne lui restait plus grand chose à faire, si ce n'est de nous gratifier de l'une de ces prestations rondement menées et dont il a le secret.