Concert

Dour Festival 2012

Dour, Site de la Machine à Feu , le 12 juillet 2012
par Jeff , le 25 juillet 2012

Crédits photos: Johan Lolos, wwww.johanlolos.com / www.musicfestivals.be

Leçon n° 1 :  Que tu le veuilles ou non, la météo ton programme établira

Même le Bangladesh ruiné par une saison de mousson aurait eu une gueule plus correcte que ce site de Dour 2012. Tellement de pluie et de boue qu’après deux minutes de marche tu tenais le gonzo du siècle. Un bordel sans nom, qui souille la moindre parcelle de ce qui est apparent, qui fait de ton slip après quatre jours sans douche l’endroit le plus propre du site. Les zones qui présentent quinze centimètres de boue liquide se multiplieront au fil des jours, et c’était sans compter sur la poignée de connards qui se sont éclatés à creuser des trous à la pelle les premiers jours pour te ricaner à la gueule quand tu te manges la tête à force de ne plus rien voir dans cet océan de mélasse. Cela avait même un côté presque poétique tant certaines zones immaculées faisaient penser à une mer d’encre. Enfin c’était surtout un nid à maladies tropicales pour les pauvres lascars qui n’avaient pas de bottes (une pensée émue pour le rédac’ chef adjoint qui a du découper ses nouvelles bottes aux ciseaux à six heures du matin le deuxième jour). La solution est de prendre sur soi, de faire marcher son humour en se disant qu’on participe à une édition historique d’un point de vue climatique, qu’on en parlera encore dans dix ans, qu’après ça on peut mourir tranquille. On se dit surtout qu’un Dour même cataclysmique vaudra malheureusement toujours dix fois plus le coup que des Ardentes ensoleillées. Dour boueux, Dour heureux ? Plus que jamais.

Leçon n° 2 : Orelsan et 1995 dans les mois qui viennent tu iras voir parce qu’après, trop gros ce sera

La dernière fois que notre route a croisé celle de 1995, c’était lors de l’édition 2011 des Ardentes. Le crew francilien commençait à buzzer sévère et La Source venait de débarquer. Résultat des courses: une prestation encourageante, mais trop bordélique que pour vraiment convaincre. Un an plus tard, 1995 flirte avec Universal, compte les fans par centaines de milliers, nous fait sérieusement saliver avec son second EP et pour le plus grand bonheur du festival moyen, est désormais une véritable machine de guerre scénique. Malgré un slot un peu ingrat dans l’horaire (la grande scène en milieu d’après-midi), les cinq canailles bien épaulées par un DJ Lo déchaîné ont enchaîné les meilleurs titres de leurs EP’s, gratifié le public de quelques freestyles malins et saupoudré leur set de titres jamais sortis mais qui ont contribués à leur notoriété sur la toile. La grande scène, c’est clairement là qu’Orelsan aurait eu sa place à Dour. On savait l’Alençonnais populaire, on sait désormais qu’il a tout pour être une superstar du music biz en France. Et pas le genre de type qui se cantonne à dominer le rap game hexagonal. Non, après avoir vu ce show d’Orelsan, on comprend que le emcee vise autrement plus haut. Alors c’est vrai, les fans de la première heure se sentiront peut-être un peu trahis par ce show un brin démago et populo, mais il serait malvenu de reprocher à Aurelien Cotentin de ne pas essayer quelque chose de différent dans un rap en français qui a un peu trop peur des instruments de musique.

Leçon n° 3 : Rone à la rentrée tu adouberas

Mine de rien, Rone a su discrètement se tailler une place solide dans l’échiquier électronique français, d’abord, puis international par la suite. Un personnage qui évite les projecteurs, qui se concentre uniquement sur son travail de composition, proposant un premier album délicat (Spanish Breakfast) puis un très bon EP (So So So). A tel point que chez InFiné, personne ne peut plus lui retirer son titre de porte-drapeau du label tant il a mené sa barque avec intelligence. Son set à Dour sera notre cadeau de bienvenue, le premier set électronique (avant celui de Joris Voorn, tout aussi excellent) à véritablement nous en mettre plein les oreilles. Son programme n’a pas changé d’un iota : techno spatiale, deep-house délicieuse et quelques giclées electronica pour attirer le chaland. Pas d’attitudes d’amuseur public, Erwan Castex livre son live avec précision – se révélant ainsi d’une grande tradition de la tech-house franco-française – chaleur et sensibilité. Un live qui tape quand il faut, qui rêve en permanence d’ailleurs. Une machine qui tourne enfin à plein régime, et qui s’annonce comme une des attractions de la rentrée avec un nouvel album prometteur sous le coude. Ce n’est que justice.

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Leçon n° 4 : Une festihut par sécurité tu loueras

On vous sent venir : les mecs de GMD, quelle bande de parvenus. Parce que c’est vrai, pour vraiment vivre Dour de l’intérieur, il paraît qu’il faut passer par la case camping qui ne dort jamais et qui pue souvent des dessous de bras. Essayer d’engranger les heures de sommeil au milieu des joueurs de djembés mongolos, des clubbers en descente de mauvais plomb et les queutards en manque de sexe (très) sale. Pour rejoindre nos confortables Festihut, nous devions traverser tous les jours ce fameux camping si convivial. Et croyez-nous : vu les conditions climatiques dantesques de cette édition 2012, on a tous les jours bénis les 60 euros investis par tête de pipe pour passer la nuit au sec. Parce que malgré le confort tout relatif de nos frêles abris de bois généralement réservés aux marchés de Noël, tous les matins au réveil, on avait l’impression d’être dans une suite de Ritz en pensant aux nuits de galère des fiers campeurs – qu’on a un peu moins entendu gueuler à toute heure du jour et de la nuit, pour le coup.

Leçon n° 5 : Warp d’adorer bêtement tu arrêteras

Au milieu de toutes les satisfactions du festival, on a finalement constaté que s’il y avait un grand perdant, ce serait le label Warp. La constatation est simple : en 2007, déjà sur les planches de la Machine à Feu, on attendait le set de Clark comme l’une des grosses attractions du festival. Son Body Riddle collait alors à la grande tradition esthétique du label, et son goût pour l’electronica valait encore paroles d’évangile dans les sphères les plus pointues des interouèbes. Aujourd’hui, Chris Clark fait du trip-hop en bois et plus rien de bon ne semble vouloir sortir de son laptop. La louve blanche d’autrefois est désormais une chienne en cage. Autre artiste, autre débat : alors que Squarepusher incarnait il y a quelques années le sommet de l’iceberg en matière d’electronica, voilà que le natif des Cornouailles n’en finit plus de se pourrir avec son jazz à trois francs jusqu’à devoir parodier le visuel d’un Daft Punk du pauvre pour tenter d’installer plus sereinement son come-back electronica. Une performance visuelle plutôt magnifique, qui ne l’empêchera pas de placer du dubstep au seul moment où on s’est approché du chapiteau. Carton rouge direct. Enfin pour terminer, on s’est mangé la prestation de Battles en entier. Par respect peut-être. Toujours est-il que depuis le départ de Tyondai Braxton, c’est devenu méchamment chiant : entre featurings par écrans interposés et leurs vieux titres remodelés pour pallier au départ de leur charismatique leader, les anciens boss du math-rock faisaient peine à voir. Le point commun de ces artistes ? Ils viennent tous d’un label qui n’en finit pas de crever. Ils étaient à Dour, ils ont déçus. Paie ton chemin de croix.

Leçon n° 6 : The Shoes à « Time to Dance » jamais tu ne limiteras

On va être honnêtes: ce concert de The Shoes n’aura pas été le plus mémorable de cette édition 2012 du Dour Festival. On peut même parler d’une prestation assez moyenne, il faut dire pas vraiment aidée par un son très approximatif et un chant pour ainsi dire inaudible. Pourtant, de bons titres, les Rémois en ont un paquet dans leur besace de hipsters. Il suffit d’écouter « Cover Your Eyes » ou « Stay The Same » pour comprendre que ces deux mecs sont les plus fins limiers de l’electro-pop made in France. Mais à Dour, on a pu mesurer l’effet très pervers du récent passage du groupe au Grand Journal. « Time to Dance », forcément que Guillaume Brière et Benjamin Lebeau allaient le caler en toute fin de set. Forcément que ça allait être un souk indescriptible. Mais on comprend aussi qu’un single dévastateur, malgré un excellent album pour le justifier, ça promet de se coltiner tout l’été durant un public qui fait majoritairement le déplacement pour se prendre ses cinq minutes de déglingue extatique. Et pour le coup, on en viendrait presque à plaindre The Shoes…

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Leçon n° 7 : Mosca, petit prince du UK Funky tu célébreras

Difficile le samedi soir d’esquiver la prestation du jeune Mosca, à moins de ne s’intéresser aucunement à la scène uk funky d’outre-Manche. Trente balais et déjà une place sur tous les grands labels du genre (Night Slugs, 3024, Hypercoulour), le producteur au nom de cocktail minable disposait d’une heure pour défoncer une Petite Maison Dans La Prairie chauffée à blanc par les sets précédents de Julio Bashmore et T. Williams. Rien de bien sorcier finalement, puisqu’en substance ce mec est le point central de ce qu’il se fait de meilleur en bass-music typée house. On a droit a du son volontairement compressé, synthétique au possible, qui tape forcément fort au niveau de la rotule. Une heure d’incendie house, très nerveuse et physique, mais surtout très respectueuse des codes en vigueur. Le set de Mosca est l’archétype de ce qu’est le uk funky en 2012 : la mutation uk bass music qui enterre tous ces enculeurs de mouches de producteurs post-dubstep, et globalement la seule qui propose quelque chose de consistant depuis le grand schisme entre la scène oldschool et le virage grand public. Entre techno, house et uk garage, Mosca a tout gagné, et sa prestation ce samedi valait bien plus qu’une démonstration.

Leçon n° 8 : Au concert de Seth Gueko des Zdedededex ! tu beugleras

Parmi la rédaction de GMD, on compte le fan n°1 du emcee de Saint-Ouen-l’Aumône (le rédacteur en chef adjoint) et un néophyte en passe de devenir lui aussi grand amateur de son rap hardcore (le rédac’ chef). Formalités d’usage, on attend le concert en se giclant des mousses à gogo et en débitant toutes les punchlines les plus vicieuses de l’ami Seth Gueko. Et pourtant, une certaine peur trahissait notre Communauté de l’Anneau (vous n’êtes pas sans savoir que notre boss a marié sa blonde) à quelques minutes du début du concert. Peur de voir que le « fils caché de Jacques Mes’ » déçoive, que son dernier album n’ait pas la même virulence en live. Bref, que Seth Gueko et ses multiples personnages nous fassent de la merde pendant une heure. On a eu tort de douter : le emcee tient dans sa main un show solide, très proche de son public, crédible en toutes circonstances. Car si le emcee compile une jolie volée de personnage, tous se réunissent sans encombre sous les kilos de muscles de cette brute au grand cœur. Et si Seth Gueko n’est pas réellement un gitan, sa musique transpire l’esprit de clan, fait de son public une véritable famille qui braille  en cœur ses « Chevalière : marche avant, marche arrière » à tue-tête. Une heure pour plusieurs centaines de punchlines, qui finit de le consacrer à nos yeux comme le plus gros compost vocal du rap game français. Pas étonnant pour un gars qui « rappe pour les friteuses, les briques rouges et les magouilles et compagnies du Gouvernement Wallon ». Un tueur sur scène, dont on est en droit d’attendre gros pour la suite.

Leçon n° 9 : Sur Nick Waterhouse quelques kopecks tu parieras

Vu le temps de merde qu’on s’est coltinés pendant quatre jours, il a bien fallu être sélectifs. Et surtout, tous les matins, il a fallu trouver beaucoup de courage pour quitter le confort tout relatif de la Festihut susmentionnée. On va être honnêtes avec vous, la grande victime de ce Dour Festival, ça aura été la découverte. On aurait préféré que ce soit le rock festif, histoire qu’on soit débarrassé une bonnes fois pour toutes des Marcel et son Orchestre et autres La Ruda de l’affiche, mais rien n’y fait. Ces crasses là sont résistantes. Bref, ceux qu’on n’a pas vu mais qu’on aurait voulu voir, ce sont ces petits groupes portés aux nues par quelques blogs pseudo-influents qu’il fait bon découvrir en sirotant une mousse en revenant sur les conneries de la veille beuglées sur fond de techno militaire ou de dubstep pupute – et croyez-nous, dans le cas de GMD, ça a débité de l’ânerie au kilomètre passé minuit. Tout cela pour dire que l’ami Nick Waterhouse, avec son look de Buddy Holly et son R&B comme on n’en fait plus depuis à peu près 50 ans, il a gagné pas mal de points auprès de notre critique rédaction. L’album s’appelle Time’s All Gone, il ne manque pas de ritournelles au groove sec et sexy et se commande dans toutes les bonnes crèmeries.

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Leçon n° 10 : Les théories conspirationnistes d’Assassin avec précaution tu écouteras

Après avoir vu Assassin en 2012, on peut dire que le projet de Rockin’ Squat a atteint une certaine forme d’apogée créative en 2000 avec Touche d’espoir. En même temps, depuis lors, à part des compilations et des enregistrements live, on n’a plus grand chose à se mettre sous la dent. Peu importe, au moment de se rendre au concert d’Assassin dans la tente Magic Soundsystem, on repense à ce rap engagé et sans concessions, qui dénonce avec intelligence et véhémence les travers d’une société qui a tendance à déraper. Mais on aurait dû se méfier de ce concert. Rien qu’en voyant le matériel promotionnel à quelques mètres de là : sur les nouveaux t-shirts du groupe, le slogan « Illuminazi 666 ». Le reste du concert ne sera qu’un enchaînement de morceaux tapant avec un manque total d’élégance ou de discernement sur le grand capital, les banquiers luxembourgeois, Obama ou l’information cadenassée par les grands de ce monde. Autant de sujets qui méritaient mieux qu’une collection de lieux communs sur fonds de beats revanchards. Heureusement que le bougre a eu l’amabilité d’inclure dans sa set list des titres comme « Touche d’espoir », « Esclaves 2000 » ou « Sérieux dans nos affaires ».

Leçon n° 11 : En Pinch un techno-monstre du dubstep tu trouveras

Ce n’est pas compliqué, si Pinch n’avait pas existé, on n’aurait sans doute pas pu vous parler de dubstep comme on le fait depuis plusieurs années maintenant. On aurait facile de jouer les chroniqueurs du journal Le Soir en vous balançant que cet Anglais est l’alpha et l’oméga du genre. Pourtant c’est le cas, et de manière incontestable. A la fois boss d’un label pionnier (Tectonic Records) et producteur des meilleures plaques de la scène – jusqu’à un premier album totalement essentiel – Rob Ellis a tout fait, tout vu et collaboré avec tout le monde (on se souvient avec émotion de ce récent LP avec Shackleton). Pinch a maîtrisé tous les éléments de la bass music, des premiers giclements dubstep à la mutation techno, dark puis house du genre. Et son set était monumental. Forcément quand tu es capable de donner de la cohérence au « Spastik » de Plastikman aux côtés d’une plaque de dubstep oldschool, c’est que tu joues dans une catégorie hors-concours. Si en 2012 t’es encore capable de jouer un set rempli d’infrabasses tout en passant pour un  ténor, c’est que la bass music est tienne depuis un bail. Comprendre les codes, et surtout ne jamais perdre de vue l’urgence qui t’a formé, la retranscrire encore et toujours même si le genre s’est travesti de tous les côtés. Et surtout, ne jamais sonner comme un vétéran qui lutte pour le bien contre le mal. Avoir toujours un temps d’avance, et se permettre de regarder en arrière. On savait déjà que Pinch était l’un des hommes les plus importants de ces dix dernières années pour l’Angleterre électronique, il n’a fait que le confirmer devant un chapiteau blindé à craquer.

Leçon n° 12 : La prochaine fois à Dâm-Funk et au Klub des Loosers plus de temps tu donneras

On n’a jamais organisé un festival, mais on imagine qu’en programmer les horaires doit être aussi simple que de faire chanter la Brabançonne à cette fricandelle déssechée de Bart De Wever. Mais quand même : programmer à 15 heures et ne laisser que 40 pauvres minutes au Klub des Loosers, responsable d’un des plus beaux albums de l’année (La Fin de l’Espèce) et souvent suivi par un large public (on en a eu une nouvelle preuve à Dour), c’est tout bonnement scandaleux. Juste le temps pour Fuzati de survoler la discographie du Klub en nous contant ses plus glauques histoires et c’en était déjà fini de ce concert du Klub des Loosers, qu’on ne voit par dessus le marché que trop peu souvent en Belgique. Grossière erreur. Idem pour Dâm-Funk, lui aussi plutôt rare par chez nous. Mais le Californien de chez Stones Throw est malin. Quand à cinq minutes de la fin prévue du concert, l’ingé son lui annonce qu’il a encore droit à un titre, Damon Riddick en profite pour chausser son « ax-synth » et se lancer dans un hymne G-Funk allant taper dans la petite vingtaine de minutes orgasmique. Un titre à l’image d’un concert placé sous le signe du groove enfumé, du sexe moite et de la générosité dans l’effort. Un des grands moments du festival, et de loin.

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Leçon n° 13 : Franz Ferdinand toute sa carrière ses tubes d’antan avec succès recyclera

Il y a quelque chose d’à la fois triste et jouissif à regarder Franz Ferdinand se démener sur la Main Stage devant un public pas refroidi par la première pluie battante de ces quatre jours de festival. D’un côté, il y à cette joie de voir les Ecossais enchaîner ces tubes désormais intemporels devant un public qui n’attend que ça. De l’autre, il y a une certaine tristesse quand on se dit que ceux-ci ont presque tous une dizaine d’années au compteur. Jamais vraiment passés par la case « groupe prometteur » pour être directement propulsés dans la catégorie poids lourd, jamais Alex Kapranos et les siens n’auront été en mesure de rééditer le carton plein du premier album, un peu comme Bloc Party, autre groupe qui truste les gros caractères des affiches malgré une discographie pas bien bandante si l'on enlève le premier album. Ceci étant, si l'on enlève le look absolument immonde d'Alex Kapranos, on peut dire que ce concert de Franz Ferdinand fut une réussite. Et en festival, c'est toujours ça de gagné.

 

Leçon n° 14 : The Rapture toujours d’aplomb te remettra

A l’origine, ce Dour Festival, on voulait le terminer par la prestation d’Atari Teenage Riot.son digital hardcore bouillonant et apocalyptique résumant finalement assez bien le sentiment laissé par ces quatre journées de lutte féroce contre les éléments sur un site que la fine équipe de GMD a rebaptisé Circuit Jules Tacheny – les amateurs du Superbiker de Mettet qui nous lisent apprécieront et comprendront. Mais face à l’épuisement, c’est au concert de The Rapture que nous avons décidé d’abandonner nos dernières calories et nos derniers tickets boissons. Il faut dire qu’en plus de nous avoir sorti un album plutôt calé sur le groove que sur le post-punk, le groupe nous avait déjà démontré cette année que la machine scénique était sacrément rodée. Et puis on se faisait une fête de retrouver Gabriel Andruzzi, claviériste qui, dès qu’il s’empare de son saxophone, fait tout son possible pour nous faire croire qu’il aimerait tant participer à la tournée de reformation de Wham. Bref, on était dans de bonnes dispositions. Et les Américains nous l’ont bien rendu avec un concert impeccable en tous points. Du son impeccable au public déchaîné en passant par la setlist alternant ancien et nouveau avec une rare efficacité, tous les éléments étaient réunis pour qu’on oublie que ça faisait quand même 4 jours qu’on était sur l’Île de Koh-Lanta et qu’on attendait qu’une chose : que cette canaille crollée de Denis Brognart nous renvoie à la maison comme des malpropres. Alors The Rapture, meilleur concert du festival ? C’est fort possible.

Leçon n° 15 : Organisateur, une affiche hip hop comme celle-ci chaque année tu programmeras

A une époque pas si lointaine que cela, les festivals étaient « rock ». Depuis quelques années, ils sont « summer ». Quant aux affiches, elles ont souvent tendance à être plus indigestes qu’un doubitchou périmé. Et le hip hop de qualité y est souvent réduit à sa portion congrue. Mais il faut admettre que cette année, Alex Stevens a frappé un très grand coup en réunissant sur quatre jours quelques grands noms du rap game que l’on ne voit que trop rarement sur nos terres. En même temps, on peut comprendre la réticence des programmateurs à convier des rappeurs. En effet, trop souvent, un concert de rap est une expérience décevante qui ne rend qu’à peine juste au travail de production étalé sur une galette. Mais cette année, ils s’étaient tous donnés le mot les bougres. De la logorrhée verbale de MF Doom à la classe internationale de Black Star en passant par les autres groupes mentionnés dans ce compte-rendu (à quoi il faut ajouter les prestations de The Pharcyde ou des Dilated Peoples auxquelles on n’a su assister), il y en a eu pour tous les goûts, avec une étonnante constante :  le niveau de qualité exceptionnel. Pour le coup, on dit big up.

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Leçon bonus : De ton festival malgré un beau paquet de bras cassés tu profiteras

Cette édition de Dour a surtout été l’occasion pour nous, cela faisait plusieurs années qu’on y était pas revenu, de constater à quel point ce festival demeure l’une des plus joyeuses zones de non-droit que connaissent notre plate Belgique en été. Des festivaliers par dizaines de milliers, et un bon paquet de mecs dézingués, qui semblent prendre ces quatre jours pour l’exutoire total d’une vie de merde. Entre les mecs qui portent des pantalons de Shérazade et qui tapent sur des djembés avec leurs dreadlocks, ceux qui se font des masques d’argile intégraux pendant les quatre jours et nuits du festival, les comateux, les addicts à la mdma de merde, les gazelles aux courbes désinvoltes, les Wallons qui chantent avec les Anglais en flamand, les mecs qui traînent leur valise dans quinze centimètres de merde en imitant les moineaux, les pitas larges comme des roues de carrosse, les fermiers qui tirent leurs vaches sur le site, tous les obsédés qui ont la trique devant le Joe Piler Saloon et les mecs de la Croix-Rouge qui bossent comme des chinois, tu te dis que t’es en compagnie d’une méchante bande de bras cassés. Et puis surtout, quand tu te retrouves au milieu de ce bordel à faire flamber tes poils de bite pour amuser la galerie, tu te rends compte que tu ne vaux pas mieux que les autres. L’histoire d’un camping qui ne dort jamais et d’une plaine qui a encore abrité tous les pires bouffeurs de vase de l’histoire des festivals belges. Une grande édition à n’en point douter.